Le spread obligataire France-Allemagne reflue à 86 points de base après le choc politique
Après avoir culminé à 89 points de base le 6 octobre dans la foulée de la démission éclair du Premier ministre Sébastien Lecornu, l'écart de taux entre l'OAT française et le Bund allemand à dix ans s'est progressivement resserré pour atteindre 86 points de base le 7 octobre. Cette détente intervient alors que les marchés anticipent la nomination imminente d'un nouveau chef de gouvernement et que les émissions obligataires françaises continuent de rencontrer une demande solide malgré l'instabilité politique persistante.
Une tension maximale rapidement résorbée
La démission de Sébastien Lecornu, survenue moins de vingt-quatre heures après la formation de son gouvernement le 6 octobre, a provoqué un pic de nervosité sur le marché obligataire français. Le rendement de l'obligation d'État à dix ans est brièvement monté à 3,61% avant de redescendre à 3,57% en fin de matinée. Dans le même temps, l'écart avec le Bund allemand s'est envolé jusqu'à 89 points de base, son niveau le plus élevé depuis janvier.
Antoine Andreani, directeur de la recherche chez XTB France, avait alors prévenu que si le seuil des 3,60% était franchi durablement, la dette française pourrait être exposée à des attaques massives amplifiant la nervosité des marchés. Pourtant, dès le lendemain, Paul Chollet, chef économiste chez CM Arkéa, notait une stabilisation du spread autour de 86 points de base malgré l'instabilité politique, témoignant d'une certaine résilience du marché. Cette capacité à absorber le choc politique s'explique en partie par le fait que les investisseurs avaient déjà largement anticipé les difficultés françaises lors des précédentes dégradations de notation, notamment celle de Fitch à A plus mi-septembre.
Des fondamentaux de marché qui soutiennent la dette française
Au-delà de la volatilité politique, plusieurs éléments techniques continuent de soutenir les obligations françaises. L'émission du 4 septembre dernier a démontré l'appétit persistant des investisseurs avec une demande de 15,8 milliards d'euros pour une levée de 7,3 milliards à dix ans, soit un ratio de couverture supérieur à deux. Sur la maturité de trente ans, la collecte a atteint 1,8 milliard d'euros face à 4,8 milliards de demandes.
Par ailleurs, la Banque centrale européenne maintient son taux directeur à 2% et Christine Lagarde a réaffirmé que les taux sont correctement positionnés, laissant la porte ouverte à un ajustement en cas de besoin. Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Ostrum Asset Management, estime qu'un taux Bund autour de 2,70 à 2,75% reste très bien valorisé avec des risques symétriques à la hausse ou à la baisse pour les prochains mois. Cette stabilité relative de l'environnement monétaire européen contraste avec la situation française et permet de contenir l'élargissement du spread dans des proportions gérables.
La France désormais au même niveau que l'Italie
Le resserrement récent ne doit pas masquer une réalité structurelle préoccupante pour la signature française. L'écart était d'environ 50 points de base avant la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024, et la détente actuelle ramène simplement le spread à des niveaux encore supérieurs de 36 points à cette référence.
Plus révélateur encore, la France se retrouve désormais à parité avec l'Italie en termes de perception du risque par les marchés. Selon les données de marché, l'Italie emprunte à 3,58% sur dix ans contre 3,57% pour la France début octobre, une situation inédite qui marque un renversement complet par rapport aux standards historiques. Cette convergence s'explique par des trajectoires opposées : l'Italie a vu sa note relevée par plusieurs agences de notation saluant son désendettement et sa discipline budgétaire, tandis que la France a subi une dégradation de Fitch à A plus le 12 septembre. Frederik Ducrozet, responsable de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management, estime qu'un déficit public français de 6% pourrait être affiché en 2026 en cas d'échec des négociations et de gel du budget 2025 par une loi spéciale, alimentant les inquiétudes sur la soutenabilité de la trajectoire budgétaire française.