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La Banque centrale européenne avance pas à pas vers la création d’un euro numérique, prévu à l’horizon 2029. Inspiré des stablecoins mais garanti par la puissance publique, ce nouveau moyen de paiement pourrait redéfinir le paysage monétaire européen.
Stablecoins, cryptoactifs, finance décentralisée : les innovations financières s’enchaînent, souvent plus vite que la régulation. Face à cette mutation, la BCE veut reprendre la main en préparant un euro numérique destiné à compléter, et non remplacer, les billets et pièces actuels.Le principe est simple : créer une monnaie numérique de banque centrale (MNBC), accessible à tous, permettant d’effectuer des paiements électroniques sans dépendre des grands acteurs privés comme Visa, Mastercard ou Apple Pay. Ce projet vise à concilier stabilité monétaire, souveraineté européenne et modernité technologique.« L’euro numérique s’inspirera des jetons référencés (stablecoins) émis par des acteurs privés, mais il restera une monnaie publique, garantie par la BCE et adossée à l’euro », explique Philippe Dupuy, président du Conseil scientifique du Cercle des Épargnants et professeur à Grenoble EM. Concrètement, chaque unité d’euro numérique correspondra à un euro réel, détenu en dépôt auprès de la Banque centrale, supprimant ainsi tout risque de variation de valeur.
Au-delà de l’innovation, le projet d’euro numérique revêt un enjeu stratégique majeur : préserver l’indépendance monétaire de l’Europe dans un monde où les transactions sont largement dominées par les géants américains et, de plus en plus, par les systèmes de paiement asiatiques.La BCE craint en effet de voir la zone euro dépendre de solutions technologiques extérieures, à l’heure où les États-Unis avancent avec le FedNow, la Chine avec son e-yuan et plusieurs pays émergents avec leurs propres MNBC. L’euro numérique doit donc permettre à l’Europe de conserver sa souveraineté financière et sa capacité à agir sur les flux monétaires transfrontaliers.Mais l’ambition est aussi sociale. En permettant à chacun, même sans compte bancaire, d’accéder à un moyen de paiement sûr, la BCE entend renforcer l’inclusion financière. L’euro numérique pourrait ainsi devenir un outil de cohésion économique, favorisant les paiements instantanés, la réduction des frais bancaires et la sécurité des transactions quotidiennes.
Reste à lever les obstacles techniques et politiques. Les banques commerciales redoutent une désintermédiation du système financier si les particuliers transfèrent massivement leurs dépôts vers la BCE. D’autres s’interrogent sur la protection des données personnelles, la cybersécurité et les risques d’usage hors ligne. Pour Philippe Dupuy, ces défis sont réels, mais maîtrisables : « L’euro numérique ne remplacera pas l’argent liquide. Il s’agit d’un outil complémentaire, au service d’une économie plus fluide et plus inclusive. »Dans un monde financier où la frontière entre monnaie et technologie s’estompe, l’euro numérique représente un tournant discret mais fondamental. Si le projet aboutit, il pourrait marquer la plus grande transformation du système monétaire européen depuis la création de l’euro en 1999.