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Shutdown américain, budget français : deux crises d’incertitude qui se répondent

Les États-Unis viennent de sortir du plus long shutdown gouvernemental de leur histoire — 43 jours d’une paralysie qui a empêché la publication de nombreuses données économiques clés. En France, le débat budgétaire se déroule dans un climat d’instabilité inédit, marqué par un budget « protéiforme » façonné pour tenir politiquement plutôt que pour renforcer la trajectoire des finances publiques. Deux pays, deux contextes, mais une même ligne de fond : l’incertitude devient un facteur macroéconomique à part entière.

Shutdown américain, budget français : deux crises d’incertitude qui se répondent
Temps de lecture : 3 minute(s) - Par | Publié le 18-11-2025 06:00

Quand l’incertitude administrative devient un risque économique

Le 12 novembre, les États-Unis ont mis fin au plus long shutdown de leur histoire contemporaine. Une suspension temporaire, valable jusqu’au 30 janvier pour certains secteurs, probablement facilitée par l’approche de Thanksgiving. Mais la parenthèse n’a rien d’anodin : pendant 43 jours, l’administration fédérale n’a pas publié plusieurs données essentielles à l’analyse de la conjoncture américaine. Les chiffres du PIB du troisième trimestre, ceux de la consommation de septembre, ainsi que les statistiques de l’emploi des deux derniers mois sont tout simplement manquants.

Cette absence de données rend impossible l’évaluation précise de la conjoncture. Le Congressional Budget Office (CBO) estime malgré tout que le shutdown pourrait amputer la croissance du quatrième trimestre de 1 à 2 points annualisés. L’impact vient d’une double contraction : d’un côté, la baisse des dépenses publiques, mécaniquement réduites ; de l’autre, la diminution de la consommation des ménages touchés par l’interruption temporaire de leur rémunération. Lors du précédent shutdown record, en janvier 2019, près de 3 milliards de dollars avaient été considérés comme définitivement perdus — faute de reprise d’activité une fois les services publics rouverts.

Si les économistes restent prudents, ils considèrent toutefois que la plupart des dégâts observés cette fois devraient être réversibles. Une condition essentielle demeure : disposer rapidement des données manquantes. Les dernières informations disponibles laissent espérer une publication d’ici fin novembre, mais celles d’octobre risquent d’être partielles, faute de collecte durant le blocage.

Cette incertitude n’a pas, à court terme, effrayé les marchés financiers américains — protégés par leur dynamique haussière — mais elle pèse sur l’analyse macroéconomique et complique les décisions de politique monétaire. Sans données fiables, difficile de savoir si la Fed est en avance, en retard ou dans le juste tempo.


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Quand la France privilégie la stabilité politique à la cohérence budgétaire

En miroir de la situation américaine, la France vit une forme différente d’incertitude. Ici, ce n’est pas l’administration qui bloque, mais la politique qui s’ajuste en permanence. Le pays expérimente une nouvelle façon de produire le budget : faute de majorité claire, le gouvernement cherche à bâtir un compromis mouvant, au prix d’un texte qualifié de « protéiforme ». L’objectif prioritaire semble être la stabilité politique, quitte à ce que la trajectoire budgétaire se construise par renoncements successifs.

Une étude de l’OCDE, citée dans le document, montre que l’incertitude économique coûte déjà cher à l’économie française. Le climat fiscal actuel en ajoute une couche : les arbitrages s’effectuent sans vision structurée, notamment au sujet d’une possible taxation des actifs jugés « improductifs ». Une telle mesure, en visant les fonds euros, reviendrait en pratique à taxer… la dette française détenue par les ménages — puisqu’environ 70 % des actifs des fonds en euros sont investis dans les obligations d’État françaises.

Le débat fiscal prend ainsi le dessus sur le débat politique, ce qui est rare. La situation est d’autant plus paradoxale que, pendant ce temps, les marchés financiers restent étonnamment sereins : l’écart OAT-Bund à 10 ans s’est réduit, et le CAC40 a atteint un nouveau plus haut le 13 novembre. Une forme de déconnexion temporaire entre contexte politique et perception des investisseurs.

Ce calme apparent pourrait toutefois être trompeur. Alors que les États-Unis vont publier leurs statistiques avec retard, les marchés pourraient entrer dans une phase de volatilité accrue. Les valeurs technologiques, déjà sensibles aux taux, pourraient être les premières exposées — et l’or, qui « reprend des couleurs » selon le document, signale déjà un léger regain d’aversion au risque.



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Deux pays, deux systèmes… une même vulnérabilité

À première vue, tout oppose le shutdown américain et les ajustements budgétaires français. Mais les deux situations ont une caractéristique commune : l’incertitude pèse désormais autant que les faits. Aux États-Unis, l’absence de données rend l’économie invisible. En France, la multiplication d’hypothèses fiscales rend la trajectoire budgétaire illisible.

Dans les deux cas, l’économie réagit moins aux chiffres qu’au brouillard qui les entoure. Et dans les deux cas, les marchés semblent avoir choisi d’ignorer cet inconfort — pour l’instant. Le retour progressif des données américaines, les débats au Sénat sur le budget français et les tensions persistantes sur les valeurs de croissance pourraient rapidement changer la donne.

La fin du shutdown n’est pas la fin des problèmes américaines. Le vote du budget n’est pas non plus la fin des inquiétudes françaises. Dans un monde où les économies avancées sont devenues sensibles au moindre signal, l’incertitude est devenue un acteur économique à part entière.