Transparence salariale : les entreprises françaises à la traîne
Les entreprises françaises sont mal préparées à la directive européenne sur la transparence des rémunérations.
Une directive qui change tout
Adoptée en 2023, la directive européenne sur la transparence des rémunérations devra être transposée dans le droit français d’ici au 7 juin 2026. Elle impose aux employeurs de publier les fourchettes de salaires à l’embauche, d’interdire toute question sur les antécédents de rémunération et de communiquer, à la demande, les niveaux moyens de salaire pour des postes équivalents.
Pour beaucoup d’entreprises françaises, le compte à rebours a commencé. L’enquête annuelle 2025 de WTW montre pourtant que les pratiques restent limitées : seules 4 % des entreprises partagent déjà les fourchettes salariales par catégorie de poste, alors que deux tiers déclarent vouloir le faire à terme.
En revanche, les engagements publics en matière d’équité progressent : 44 % des sociétés publient désormais une déclaration sur le sujet, contre 38 % l’an dernier. Et 27 % diffusent volontairement leur écart de rémunération femmes-hommes, un chiffre supérieur à la moyenne mondiale (17 %).
La pression réglementaire comme moteur
En France, près de 78 % des organisations considèrent les exigences réglementaires comme le premier facteur de transparence. Les autres moteurs – attentes des salariés (45 %), critères ESG et diversité (46 %) – restent secondaires. À l’international, la culture d’entreprise ou la confiance du management pèsent davantage, mais en recul.
Cette dépendance au cadre réglementaire révèle une approche défensive. Beaucoup d’employeurs se préparent à la conformité minimale plutôt qu’à une refonte stratégique de leur politique salariale. Or, les attentes des collaborateurs évoluent rapidement : 62 % des entreprises craignent une hausse des questions des salariés une fois les fourchettes publiées, et 55 % anticipent plus de négociations individuelles.
Des freins encore puissants
Pourquoi ce retard ? Trois raisons dominent :
- La crainte des réactions internes (53 % des DRH interrogés).- Le manque de préparation des programmes de rémunération (50 %).- L’absence d’une architecture claire des emplois (35 %).
En clair, beaucoup d’organisations ne disposent pas encore d’outils suffisamment solides pour gérer la transparence. Seules 27 % forment leurs dirigeants sur le sujet, 23 % leurs managers, mais à peine 10 % leurs salariés. Près de la moitié (47 %) n’ont aucun plan de formation en cours, un chiffre préoccupant à quelques mois de l’échéance.