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Les marchés peuvent-ils ignorer longtemps le malaise social ? Alors que les marchés américains enchaînent un rallye inattendu, une zone d’ombre s’étend : une partie de l’électorat de Donald Trump montre les premiers signes de fragilité économique.
Le rebond des marchés américains surprend d’abord par son intensité. Comme le rappelle Serge Pizem, directeur général de Swiss Life Gestion Privée, les mois de septembre et d’octobre, historiquement volatils, ont finalement porté Wall Street. Le déclencheur est clair : la Réserve fédérale a entamé un cycle de baisse des taux, sous l’effet conjugué d’un marché de l’emploi très affaibli et des pressions politiques venues de la Maison-Blanche. Cette détente monétaire a offert un soutien massif aux valeurs technologiques, déjà dopées par l’essor de l’intelligence artificielle.Le S&P 500 gagne ainsi 16,3 % depuis le début de l’année, mais cette performance repose sur une concentration dramatique. Si l’on retire les « sept magnifiques », leur poids dans l’indice écrase tout le reste : le S&P 493 n’affiche qu’une progression de 9 %. Dans le même temps, l’or a explosé, les taux longs se sont stabilisés et le dollar a cessé de corriger après sa chute du premier semestre. Le contexte est donc porteur pour les actifs risqués, y compris grâce à une croissance bénéficiaire solide. Les profits des entreprises américaines devraient progresser de 11,1 % cette année, bien au-dessus des 9,9 % envisagés au printemps.Mais ce tableau rassurant masque un risque institutionnel. En mai 2026, Donald Trump pourrait nommer un proche à la tête de la Réserve fédérale. L’indépendance de la banque centrale serait alors considérablement réduite, avec une Fed susceptible de laisser filer une inflation déjà stable mais élevée, autour de 3 %. Un scénario qui rappelle les prémices de 2022, lorsque la hausse brutale des taux avait provoqué une tempête sur les obligations et les actions. Pour les investisseurs, la question n’est plus de savoir si ce risque existe, mais à quel moment il pourrait se matérialiser.
Si les marchés semblent danser sur un volcan, l’économie réelle envoie des signaux nettement moins enthousiastes. Serge Pizem pointe une dichotomie profonde entre Américains aisés et classes populaires. Les premiers continuent de consommer, soutenant mécaniquement la croissance, tandis que les seconds subissent destructions d’emplois et tensions financières. La montée des défauts sur les crédits automobiles illustre clairement cette fragilisation.Or, ce sont précisément ces ménages modestes qui constituent une grande partie de la base électorale républicaine. Selon les données citées par l’expert, 60 % des Américains jugent aujourd’hui mauvaise la politique économique de Donald Trump, un jugement sévère qui s’est traduit par trois revers électoraux consécutifs à New York, dans le New Jersey et en Virginie. Derrière la solidité apparente du marché du travail, une réalité plus brutale se dessine : l’Amérique qui travaille, mais peine à joindre les deux bouts, s’impatiente.Ce malaise social pourrait devenir un facteur macroéconomique à part entière. Car si la Fed devenait plus accommodante sous influence politique, elle risquerait d’accentuer les pressions inflationnistes qui touchent déjà les plus vulnérables. Les investisseurs s’inquiètent ainsi d’un cercle vicieux : ménages affaiblis, consommation ralentie, tensions sur les prix, corrections éventuelles des marchés. Dans un environnement où la croissance mondiale, révisée par le FMI à 3,2 % pour 2025, repose largement sur le moteur américain, cette fracture interne pourrait peser plus lourd que prévu.