Une inflation stabilisée mais contrastée dans l’espace OCDE
En juillet 2025, l’inflation globale dans la zone OCDE s’est maintenue à 4,1 %, un niveau quasi inchangé depuis mars, confirmant une tendance à la stabilisation après les fortes variations enregistrées depuis 2022. Cette apparente inertie des prix, mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC), recouvre toutefois des évolutions divergentes entre les pays membres. La Turquie reste en tête des économies marquées par une inflation à deux chiffres, un phénomène qui persiste depuis plusieurs trimestres en lien avec une dépréciation monétaire prolongée, des tensions salariales et une politique monétaire qui peine à contenir les pressions internes. À l’opposé, le Costa Rica enregistre son troisième mois consécutif de déflation, avec un recul des prix de 0,6% en glissement annuel en juillet, conséquence d’une combinaison de facteurs : baisse durable des prix de l’énergie, stabilisation des prix alimentaires et faible inflation sous-jacente.
Dix pays de l’OCDE ont connu une hausse de leur inflation entre juin et juillet, la Slovénie enregistrant la plus forte progression (+0,6 point). À l’inverse, des replis marqués ont été relevés au Mexique, en Pologne et en Turquie (au-delà de 0,5 point). Dans seize pays, l’indice est resté stable ou n’a évolué que marginalement. Ce découplage entre les trajectoires nationales illustre la diversité des réponses économiques et des niveaux de résilience post-pandémique, dans un contexte mondial encore marqué par des ajustements sectoriels et des déséquilibres persistants sur certaines chaînes d’approvisionnement. La dynamique reste en partie portée par l’inflation sous-jacente – c’est-à-dire hors alimentation et énergie – qui se stabilise à 4,4% au niveau de l’OCDE. Elle demeure un indicateur central pour les banques centrales, signalant une persistance des tensions sur les prix hors chocs exogènes, malgré un recul progressif de l’inflation énergétique.
Le G7 face à des tensions maîtrisées, mais structurellement ancrées
Dans les pays du G7, l’inflation globale et l’inflation sous-jacente sont restées respectivement à 2,6% et 3,0% en juillet 2025. Cette stabilité masque cependant des réalités nationales distinctes, en particulier concernant les composantes alimentaires et énergétiques. Le Canada et le Japon enregistrent une baisse de 0,2 point de l’inflation globale, principalement due à un ralentissement des prix de l’énergie. Au Japon, en revanche, la part de l’inflation attribuable aux prix alimentaires et énergétiques dépasse celle de l’inflation sous-jacente, phénomène atypique dans les économies du G7. Cela traduit une vulnérabilité plus marquée aux variations des prix mondiaux des matières premières et une moindre diffusion des hausses de prix à l’ensemble des biens et services.
Dans les autres économies du G7 – États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie – les taux restent globalement stables. La part dominante de l’inflation sous-jacente dans ces pays souligne la difficulté pour les politiques monétaires de ramener l’inflation vers les objectifs des banques centrales. La Banque centrale européenne, comme la Réserve fédérale, maintient une posture prudente, équilibrant la nécessité de contenir l’inflation persistante sans compromettre les signaux de reprise économique. Les hausses de prix dans les services, notamment dans l’hôtellerie, les transports ou les services de soins, contribuent à maintenir un socle inflationniste relativement rigide. Dans un contexte de normalisation des politiques monétaires, les taux d’intérêt directeurs demeurent à des niveaux historiquement élevés, pesant sur l’investissement mais n’ayant pas encore permis une réduction significative de l’inflation sous-jacente.
Zone euro et G20 : stabilité apparente et tensions émergentes
En zone euro, les données de juillet confirment une inflation globale à 2,0%, selon l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Le mois d’août, selon les estimations rapides d’Eurostat, marquerait une légère hausse à 2,1%, signalant une stabilisation proche de la cible de 2% de la Banque centrale européenne. Toutefois, cette moyenne européenne masque là aussi des disparités, notamment une reprise de l’inflation alimentaire, au plus haut depuis février 2024, et un ralentissement plus modéré de la baisse des prix de l’énergie. L’inflation sous-jacente reste inchangée, confirmant la persistance d’une dynamique de fond sur les prix hors énergie et alimentation.
L’Allemagne affiche une remontée de son inflation, suggérant une pression intérieure croissante, tandis que d’autres pays comme l’Espagne ou la France connaissent des évolutions plus contenues. Dans l’ensemble du G20, l’inflation annuelle reste stable à 3,8% en juillet. Si des hausses sont observées en Afrique du Sud, en Inde et en Indonésie, elles sont compensées par des baisses en Arabie Saoudite, en Argentine et au Brésil. En Argentine, malgré une baisse de l’inflation, celle-ci demeure à un niveau élevé, supérieur à 35%, dans un contexte de réformes économiques et de forte dépréciation monétaire.
En Chine, l’inflation globale continue d’évoluer autour de zéro, signalant une demande intérieure encore fragile et des pressions déflationnistes persistantes dans certains secteurs. La configuration actuelle, marquée par une faible inflation dans certaines économies émergentes et une inflation persistante dans d’autres, pourrait contraindre les marges de manœuvre des politiques monétaires au sein du G20. Ce contexte alimente également une réflexion renouvelée sur la coordination des politiques économiques internationales, à mesure que les effets différenciés de la normalisation post-pandémique se manifestent.