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La devise nippone a glissé jusqu’à 155,38 yens pour un dollar, sur fond de contraction du PIB au troisième trimestre et de discussions intenses autour d’un nouveau plan de relance évalué entre 17 et 25 trillions de yens. Dans une note récente, Lee Hardman (MUFG Bank) analyse les facteurs qui alimentent la pression sur le yen : hausse des rendements obligataires, inquiétudes fiscales et communication prudente de la Banque du Japon. Une équation délicate pour le gouvernement Takaichi.
Le yen reste l’une des devises majeures les plus sous pression en 2025. Sa dépréciation s’est amplifiée après la publication d’un recul du PIB japonais au T3, alimentant les anticipations d’un vaste programme de soutien budgétaire. Les différentes factions du parti au pouvoir évoquent un plan compris entre 17 et 25 trillions de yens, destiné à contrer le ralentissement et soutenir la demande intérieure.Cette perspective de relance a immédiatement mis en tension les marchés obligataires. Les rendements des JGB à 30 ans ont progressé jusqu’à 3,35 %, un niveau élevé dans l’histoire récente du Japon, reflétant un double effet : la réévaluation des besoins de financement de l’État et les craintes d’un assouplissement budgétaire durable.Dans ce contexte, la devise japonaise s’est dépréciée jusqu’à 155,38 yens pour un dollar, un seuil considéré comme inconfortable par les autorités. La faiblesse de la devise renforce certes la compétitivité des exportateurs, mais renchérit le coût des importations — un sujet sensible dans un pays dépendant des matières premières.Lee Hardman (MUFG Bank) souligne que cette pression ne relève pas seulement de la spéculation : elle reflète un désalignement croissant entre politique budgétaire expansive et normalisation très graduelle de la politique monétaire. Le contraste demeure saisissant avec les États-Unis, où la Fed commence à ouvrir la porte à une baisse de taux.
Face à la rapidité du mouvement, les autorités japonaises ont intensifié leurs prises de parole. La ministre des Finances, Shunichi Katayama, a exprimé sa préoccupation quant à la volatilité du yen et rappelé que le gouvernement « surveille de près » les mouvements de change. Le gouverneur de la Banque du Japon, Kazuo Ueda, a quant à lui réaffirmé la volonté de procéder à un ajustement graduel de la politique monétaire, en dépit des pressions politiques.Ces interventions ont offert un répit limité, sans effacer la perception d’un différentiel de taux défavorable. Les marchés jugent que la BoJ avance trop lentement vers une normalisation complète, alors que les dépenses budgétaires s’apprêtent à augmenter.Du côté américain, le ton est plus accommodant. Les investisseurs attendent la publication des minutes du FOMC, dans un climat marqué par l’hypothèse croissante d’une baisse de taux dès décembre. Plusieurs responsables de la Fed ont évoqué récemment un essoufflement du marché de l’emploi, tandis que la performance du Nasdaq laisse entrevoir une forme de fatigue après un cycle haussier prolongé.Les résultats très attendus de Nvidia pourraient constituer un signal clé pour les valeurs technologiques et, plus largement, pour l’appétit global au risque. Dans ce paysage, le yen devient le baromètre de la confiance internationale dans la capacité du Japon à maintenir une trajectoire budgétaire crédible, tout en amorçant une sortie lente du régime monétaire ultra-accommodant.Entre pression sur les rendements, risque d'intervention directe et attentes des marchés américains, Tokyo évolue sur une ligne étroite — celle d’un pays contraint de relancer son économie sans perdre le contrôle de sa devise.