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Paris : 1 milliard d'euros pour se baigner dans la Seine en 2024

La mairie de Paris souhaite rendre les eaux de la Seine propres à la baignade pour y organiser les épreuves de nage libre et de triathlon des Jeux Olympiques de 2024. 5 points de baignade devraient être ouverts au public en 2025.

Temps de lecture : 4 minute(s) - | Mis à jour le 31-12-2020 09:57 | Publié le 13-10-2020 11:40
Photo : Projection du plan de baignade du Trocadéro - © Apur - Luxigon  

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La Seine : une eau impropre à la baignade depuis longtemps

Peu de Parisiens auraient l'idée d'aller piquer une tête dans la Seine. Mais tel n'a pas toujours été le cas. Le fleuve était jadis le lieu de rafraîchissement à l'instar de nombreuses rivières françaises. Mais si elle avait été interdite en 1783 pour des raisons de « décence », la baignade a progressivement été abandonnée par les habitants, les eaux étant insalubres.

La pollution de la Seine ne date pas d'hier. Déjà en 1889, année de l'inauguration de la Tour Eiffel, les colonnes du journal le Figaro évoquaient la « macération de choses mortes [de] cette rivière immonde ». En 1910, durant la grande crue, le fleuve avait même servi de gigantesque déversoir à ordures (voire photo ci-dessous). 11 ans plus tard, des chercheurs du laboratoire du Val de Grâce appelaient les baigneurs à « fermer la bouche en nageant, afin d'avaler le moins possible du bouillon de culture ».

En 1923, la préfecture interdira finalement toute baignade par arrêté.

>> A LIRE : Grogne contre la construction du métro Place de l’Opéra - 17 février 1903


Déversement des ordures dans la Seine depuis le pont d'Auteuil, 28 janvier 1910

Déversement des ordures dans la Seine depuis le pont d'Auteuil, 28 janvier 1910




La qualité de l'eau s'est améliorée depuis les années 1980

Depuis des décennies, la mauvaise qualité de l'eau, sa pollution, ainsi que la présence de déchets et de micro-organismes dangereux pour la santé rendent la baignade dangereuse. La promesse de permettre aux Parisiens plonger dans la Seine n'est pas nouvelle non plus. En 1988, Jacques Chirac, candidat à sa réélection à la mairie de Paris, s'y était engagé. Un voeu renouvelé en 1990 à la télévision, le maire promettant de se « baigner dans la Seine d'ici 3 ans, devant témoins, pour démontrer que la Seine est devenue un fleuve propre ».

Tout juste 30 ans plus tard, les eaux sont toujours impropres à la baignade, notamment du fait de la présence des bactéries Escherichia coli, responsables de fortes gastro-entérites pouvant conduire les malades à l'hôpital. Point positif néanmoins, selon une étude du Groupement d'Intérêt Public Seine-Aval, le fleuve est aujourd'hui moins contaminé que dans les années 1980.

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Des épreuves des JO au pied de la Tour Eiffel

Un autre vent d'optimisme a poussé la maire de Paris Anne Hidalgo à s'engager en 2015 pour que la Seine soit à nouveau propre à la baignade pour les Jeux Olympiques de 2024. Les épreuves de nage en eau libre et de triathlon sont en effet prévues pour se tenir dans le fleuve, au pied de la Tour Eiffel. En 2025, une vingtaine de sites de baignades devraient s'ouvrir en Ile de France, dont 5 dans la capitale.

Il faut dire que le SIAAP (Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne), chargé de la qualité de l'eau, révèle des analyses encourageantes par temps sec. Mais le problème majeur reste la dégradation rapide lors des pluies, celles-ci drainant de nombreux polluants dans le fleuve.

« Si l'on se basait uniquement sur un temps sec, on ne serait pas très loin de tenir l'objectif de baignade », expliquait Célia Blauel, adjointe chargée de l'Environnement et de la Politique de l'eau en 2018. « Le sujet, ce sont les orages, qui dégradent la qualité de l'eau. Nous, on veut faire en sorte que cette qualité reste correcte, peu importe le temps ».

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De 800 millions à 1,4 milliard d'euros de travaux

De lourds travaux vont donc devoir être menés pour permettre aux Franciliens de reconquérir la Seine. Selon les sources, le budget nécessaire sera compris entre 800 millions et 1,4 milliard d'euros. Il sera réparti entre l'APUR, la SIAAP et les agglomérations d'Ile de France. La ville de Paris devrait participer à hauteur de 135 millions d'euros.

En premier lieu, les 1000 péniches d'habitation et celles de passage devront arrêter de déverser leurs eaux usées dans le fleuve (toilettes, douches, vaisselle...). Si l'interdiction existe depuis 1934, elle n'est pas respectée faute de solution alternative. Mais d'ici à 2023, un système de tout-à-l'égout doit voir le jour sur les quais pour leur permettre de se raccorder.

Reste que la majeure partie du travail devra avoir lieu dans des villes de banlieue situées en amont de la capitale. Dans un premier temps, les stations d'épuration de Valenton (94) et de Noisy le Grand (93) doivent être modernisées pour être en mesure d'éliminer les bactéries dangereuses. En parallèle, un nouveau bassin de rétention des eaux de pluies va être construit pour empêcher le déversement de polluants dans la Seine.

Enfin, des zones pavillonnaires entières devront être raccordées au réseau d'assainissement. En l'état, de mauvais branchements contribuent encore à envoyer des eaux souillées dans le fleuve. Ce travail de fourmi reste le moins maîtrisable, et pourrait se révéler le plus coûteux. « Nous allons monter une “task force”, faire du porte-à-porte pour vérifier l'intégrité des branchements chez les particuliers », expliquait Célia Blauel au Figaro. La mairie de Paris attendait un « renfort » de l'État sur cet aspect.

Selon les propos de la ministre de l'Écologie Barbara Pompili lors du Comité de pilotage qualité de l'eau et baignade, « 300 millions d'euros sont investis aux côtés des collectivités pour moderniser nos réseaux d'eau et garantir la qualité et l'accessibilité de cette ressource ».



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Le délai est-il tenable ?

La capacité à tenir le délai pour les Jeux Olympiques est cruciale. Paris ne veut pas reproduire l'expérience malheureuse des jeux de Rio en 2016 : la baie de Guanabara, où devaient se tenir des épreuves, avait été jugée dangereuse pour les athlètes. Des déchets étaient encore présents dans l'eau, et une bactérie pouvant rendre gravement malade avait été découverte.

Au Conseil de Paris, les élus de l'opposition doutent. La droite a demandé le 14 septembre la création d'une mission d'information et d'évaluation (MIE), afin de déterminer si la trajectoire de la Ville en la matière est pertinente. « La Ville avait annoncé il y a deux ans la création de nouveaux déversoirs souterrains et le budget devait être acté avant 2020. Or, on n'a encore rien vu jusqu'ici », indique Grégory Canal, président de la mission et premier adjoint au maire (LR) du XVème arrondissement.

Les moyens financiers rendent aussi l'opposition septique, le budget de 800 millions d'euros avancé correspondant à « deux fois celui de la SIAAP » selon l'élu. « Le groupe Changer Paris considère qu'il y a une certaine forme d'urgence à agir », explique-t-il. « D'une part, l'enquête ouverte cet été contre le cimentier Lafarge, accusé d'avoir déversé ses eaux usées dans la Seine, nous inquiète beaucoup. Sur ce point, nous ne pouvons pas nous contenter des déclarations d'intention générale de la Ville. (...) D'autre part, nous souhaitons avoir un point sur la baignabilité de la Seine et les actions entreprises pour sa dépollution dans la perspective des JO ».

Le rapport de la MIE sera rendu au printemps 2021.


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A propos de l'auteur
Caroline Courvoisier a travaillé 10 ans dans le financement et la gestion de grands projets immobiliers avant de se consacrer au journalisme économique et financier. Elle a suivi un parcours universitaire en économie et est titulaire d’un master de Gestion de patrimoine, cursus qu'elle a complété par des formations financières spécialisées à l’université de New York (Real Estate Finance) et à l’INSEAD (spécialisation « blockchain revolution in financial services »).
Linkedin Caroline Courvoisier



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