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BTP en conception-réalisation : comment Eiffage valorise son expérience



Les travaux publics de grande ampleur sont complexes tant au plan managérial que technique. Pour y faire face la puissance publique, confrontée aux limites de la loi MOP, a de plus en plus recours à la conception-réalisation pour piloter l'ensemble d'un chantier. Des modalités qui font la part belle aux soumissionnaires rompus aux exigences de cette approche, comme c'est le cas d'Eiffage Génie Civil.

Temps de lecture : 7 minute(s) - | Mis à jour le 10-06-2022 08:28 | Publié le 10-06-2022 07:45
Photo : Shutterstock  

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La loi relative à la maîtrise d'ouvrage public (MOP) pose, depuis 1985, le principe de séparation entre les bureaux d'études chargés de la maîtrise d'œuvre et les entreprises de construction chargées des travaux. Mais la loi MOP pose également d'emblée une exception à cette règle, en permettant, dans certains cas spécifiques, une délégation conjointe des études et des travaux : ce sont les fameux contrats de conception-réalisation (ou plus simplement « co-réa »).

Ces contrats particuliers ont eu tendance à se multiplier ces dernières années, notamment pour donner une vision d'ensemble plus cohérente à certains projets complexes. Conséquence logique de ce gain de cohérence, les projets en conception-réalisation réduisent notablement les risques de retard et de dépassement financier par rapport aux appels d'offres classiques.

Pour autant, le défi que représente la conception-réalisation ne peut être relevé par toutes les entreprises, notamment à cause des risques qui pèsent sur l'entrepreneur et du fait des compétences requises pour mener à bien ce type de projet réunissant une palette très large d'expertises. Ces contrats s'adressent donc spécifiquement aux entreprises aux compétences interdisciplinaires, ayant de préférence une expérience préalable en la matière, à l'image du groupe français Eiffage, qui est justement en lice pour plusieurs gros chantiers en « co-réa ».

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Une interdisciplinarité au service de la performance

Les contrats de conception-réalisation sont habituellement utilisés, comme le veut la loi, pour des projets « d'une technicité particulière ». Cas emblématique de chantier complexe et technique, le Grand Paris Express fera justement l'objet de contrats de conception-réalisation pour sa seconde salve d'appels d'offres. La Société du Grand Paris (SGP) a effectivement décidé de recourir à ces contrats en grande partie pour limiter les retards déjà importants ainsi que le « dérapage financier » du chantier, deux éléments qui avaient été dénoncés par la Cour des comptes en 2018. C'est d'ailleurs un ancien « sage » de la rue Cambon, Jean-François Monteils, qui a été nommé à la tête de la SGP début 2021 pour s'assurer que le projet ne sorte pas davantage des clous.

Si les contrats de « co-réa » se sont imposés sur ce chantier colossal, c'est surtout parce qu'ils permettent d'avoir une vision intégrée des études et des travaux et donc d'assurer l'optimisation des deux phases du chantier. Par leur nature, les entreprises « complètes », comme Eiffage parmi les majors, possèdent dans la pratique toutes les compétences pour être à la hauteur de ces appels d'offres particuliers. Le groupe français avait d'ailleurs mis en avant cette interdisciplinarité et la diversité de ses expertises, seule ou en groupement, pour remporter plusieurs chantiers du GPE, y compris sur les premiers lots du projet où seuls les travaux lui avaient été délégués.

Le groupement mené par Eiffage Génie Civil avait effectivement décroché le « méga-lot » 1 de la ligne 16, emblématique de complexité, faisant intervenir à la fois le génie civil, le ferroviaire, l'énergie... Eiffage Génie Civil avait donc entraîné la filiale Rail d'Eiffage dans son groupement pour l'épauler sur ce lot. « Le rôle d'une entreprise comme Eiffage est de pouvoir faire travailler ensemble toutes ces cultures qui sont silotées et juxtaposées, à l'occasion d'un projet donné », témoigne Imed Ben Fredj, qui dirige les supports opérationnels chez Eiffage Génie Civil.

La diversité des expertises et des métiers permet effectivement de répondre à l'ensemble des besoins d'un client et d'un chantier. Il s'agit donc de valoriser cette richesse collective dans une approche de coactivité maitrisée, qui consiste à optimiser l'intervention des différents corps de métier dès la phase de planification, en l'adaptant ensuite de manière pragmatique. « Le seul moyen de compresser le temps est de travailler par fenêtre : il ne faut pas attendre de finir tout le génie civil avant de passer à la phase ultérieure, il faut travailler par tronçons intelligents. », poursuit Imed Ben Fredj. « Un peu comme dans un bâtiment où, au moment de construire le dernier étage, la plomberie a déjà commencé au rez-de-chaussée ».

Cette technique de coactivité est d'ailleurs d'autant plus pertinente dans le cadre de la conception-réalisation, qu'elle peut être déployée et maitrisée à toutes les phases du projet. C'est précisément à travers ses chantiers passés, présentés comme des références solides en la matière, qu'Eiffage espère mettre en évidence à la fois la diversité des compétences qu'elle possède en interne, mais également l'efficacité de ses méthodes de travail intégrées.

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La conception-réalisation, un risque tempéré par l'expérience

Nouvelle pour le GPE, la conception-réalisation peut constituer un saut dans l'inconnu pour les décideurs de la SGP, puisqu'il s'agit de faire confiance à un prestataire unique et choisi pour l'ensemble d'un chantier, des plans initiaux à la livraison finale. « [Les entreprises] seront beaucoup plus responsabilisées sur les choix de conception. […] S'il y a des adaptations en cours de projet parce que la conception initiale ne convenait pas, ça sera leur risque », affirmait l'ancien président de la SGP, qui avait justement initié le recours à la co-réa pour le GPE. Les entreprises doivent donc faire preuve de capacités d'adaptation importantes, surtout pour un chantier aussi difficile que le GPE, caractérisé par tout un ensemble d'aléas techniques, géologiques et managériaux. Dès lors, l'expérience préalablement acquise sur ce type d'appel d'offres devient tout de suite un facteur différenciant, facteur sur lequel le groupe Eiffage compte justement pour minimiser les risques.

Par exemple, le groupe français a réalisé en marché de conception, réalisation, exploitation, maintenance (CREM) la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne — Pays de la Loire. Pour ce chantier unique, le plus important jamais réalisé par le groupe, combinant conception et construction initiale, puis maintenance des infrastructures, Eiffage avait décidé de créer deux filiales spécifiques pour la maintenance et l'entretien des lignes, nommées Eiffage Rail Express et Opere.

De plus faible ampleur, mais tout autant symbolique, le groupe français a également réalisé en conception-réalisation la tour Hypérion, à Bordeaux. Achevée fin 2021, cette tour est la plus haute construction en bois de France. La « co-réa » s'était imposée pour précisément favoriser l'innovation dans les matériaux à mettre en œuvre. Eiffage avait ainsi décidé de procéder à un « mix matériautique », en combinant un noyau en béton avec du bois massif contrecollé pour agir comme « piège à carbone ».

Enfin, dernier en date, le chantier RCEA (Route Centrale Europe Atlantique), sur le point de s'achever, est peut-être le plus emblématique, puisqu'il s'inscrit dans le schéma le plus exigent de la co-réa : celui de la concession d'autoroute, qui va de la conception jusqu'à la maintenance et l'exploitation de l'infrastructure. La mise au standard autoroutier de la RN79, particulièrement meurtrière, était devenue une nécessité publique. Le nouveau concessionnaire a pu y déployer sa créativité et boucler les travaux dans les délais prévus, qui plus est sans interrompre à aucun moment le trafic, tout en épousant les contraintes importantes d'un parc naturel… Un tour de force salué par la visite inopinée du Président de la République Emmanuel Macron en décembre dernier.

Les contrats de conception-réalisation, en offrant une totale liberté aux constructeurs pour l'ensemble des solutions techniques, sont effectivement plus à même de favoriser leur inventivité et l'utilisation de nouveaux outils et de nouveaux matériaux. C'est d'ailleurs également pour cette raison que la Société du Grand Paris a décidé de recourir à cette forme contractuelle pour le GPE. « À cause d'une aversion au risque grandissante et de la loi MOP, les cahiers des charges empêchent l'émergence de solutions alternatives qui pourraient pourtant avoir un intérêt économique, technologique, écologique et social », estime John Tanguy, directeur de l'innovation à la SGP. La conception-réalisation devrait donc davantage favoriser la nouveauté sur le GPE, qui avait déjà été largement encouragée par le maître d'ouvrage pour les premiers appels d'offres. Une preuve parmi d'autres que ces contrats sont également à l'avantage du client, à la condition, néanmoins, qu'un bon équilibre soit trouvé avec les prestataires concernant la répartition des tâches et des risques.

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Un équilibre fragile à trouver entre maître d'ouvrage et concepteur-réalisateur

Si le recours aux contrats de conception-réalisation a énormément augmenté ces dernières années, c'est également parce qu'il permet au maître d'ouvrage de se recentrer sur certaines de ses missions. Pour reprendre l'exemple du Grand Paris Express, la conception-réalisation a essentiellement pour but de libérer la Société du Grand Paris de la coordination et de l'interface technique entre les nombreux lots du chantier. Cela devrait ainsi lui permettre de se concentrer sur la mise en cohérence globale du projet et le dialogue avec les nombreuses parties prenantes : élus des communes concernées par les travaux, futurs usagers, responsables politiques…

En revanche, il revient aussi au maître d'ouvrage de s'assurer qu'il n'y ait ni variation dans le projet ni conflit (par exemple avec des élus locaux), ce qui compliquerait nécessairement le travail des constructeurs, a fortiori pour un projet aussi long que le GPE. « Dans un chantier à vocation de service public comme le GPE, tous les acteurs ont une obligation de résultat : les personnes publiques, les entreprises, et les responsables politiques, » explique Guillaume Sauvé, président d'Eiffage Génie Civil. « Un simple mécanisme de transfert contractuel des risques et des pénalités associées ne saurait être à la hauteur d'un tel objectif ». Car c'est justement la question du transfert des risques qui inquiète les entrepreneurs, surtout sur le Grand Paris Express, avec ses nombreux aléas géotechniques et ses réseaux souterrains encore mal connus, le tout au cœur d'une métropole de 12 millions d'habitants.



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