Rémy Cointreau : marge en recul, dividende divisé par deux en 2025-26
Rémy Cointreau a livré jeudi ses résultats 2025-26 conformes à ses objectifs en termes de chiffre d'affaires, avec une croissance organique de 0,2 %. Cependant, la profitabilité a nettement fléchi : la marge opérationnelle recule de 2,6 points organiquement à 17,7 %, tandis que le ratio dette sur EBITDA grimpe à 3,22x contre 2,40x un an plus tôt. Le groupe mise désormais sur une transformation ambitieuse (RC Forward) pour dégager 100 M€ de valeur d'ici 2028-29, mais reconnaît une visibilité limitée pour 2026-27.
Ventes figées, marge opérationnelle en baisse de 260 points de base
Rémy Cointreau a enregistré un chiffre d'affaires de 935,3 M€, en retrait de 5,0 % en données déclarées mais en hausse organique de 0,2 % (c'est-à-dire hors effet de change). Cet arrêt de croissance organique masque des dynamiques contrastées par division. Le cognac, cœur du groupe, a pataugé avec un recul organique de 0,5 % malgré une hausse des volumes de 7,8 %, écrasée par une baisse de mix prix de 8,3 %. La division Liqueurs et Spiritueux a, elle, accéléré de 2,8 % organiquement, portée par Cointreau, The Botanist et Bruichladdich. Le résultat opérationnel courant s'est établi à 165,4 M€, en baisse organique de 11,5 % : la marge s'est érodée de 2,6 points à 17,7 %. Les trois mâchoires du vice sont visibles. D'abord, la marge brute recule de 3,7 points organiquement (à 65,8 %), conséquence de droits de douane supplémentaires, d'une pression sur le mix prix et d'une hausse des coûts de production. Ensuite, les dépenses marketing subsistent à 19,7 % des ventes malgré un effort de maîtrise (recul de 0,7 point). Enfin, les frais généraux ont reculé de 0,4 point, mais ce levier s'épuise.
Endettement en hausse, conversion de trésorerie soudainement redressée
La position de bilan s'est tendue. La dette nette a augmenté de 15 M€ à 690,4 M€, portant le ratio dette/EBITDA à 3,22x, soit une hausse de 0,82x en un an. Cette dégradation reflète une compression de l'EBITDA (211,6 M€ contre 267,8 M€), partiellement compensée par un redressement du flux de trésorerie libre qui s'est établi à 53,8 M€ contre 19,2 M€ l'an précédent. Ce rebond provient d'une optimisation marquée du besoin en fonds de roulement, notamment des stocks d'eaux-de-vie en vieillissement, et d'une baisse des investissements. La conversion cash (Free Cash Flow/EBITDA) est passée de 10 % à 27 %, un progrès mécanique qui ne dissimule pas l'érosion de la base EBITDA elle-même. Le résultat net s'est effondré de 35,1 % en données déclarées à 78,7 M€, pour un BPA de 1,51 € (contre 2,36 € un an avant). Organiquement, le recul est moins sévère (21,1 %), mais demeure substantiel. Le groupe recommande un dividende de 0,75 € par action (dont 0,50 € en espèces et 0,25 € payable en espèces ou en actions), en baisse de 50 % par rapport aux 1,50 € de l'exercice antérieur.
RC Forward : 100 M€ de création de valeur en trois ans
Face à un environnement macroéconomique et géopolitique qualifié de « persistance complexe », Rémy Cointreau a annoncé jeudi RC Forward, un plan de transformation sur trois ans visant à générer environ 100 M€ de création de valeur supplémentaire au niveau du courant opérationnel d'ici 2028-29. Ce plan articule trois volets : des initiatives de croissance (relance du cognac, accélération des marques non-cognac, expansion du Travel Retail et percée d'innovation pour Rémy Martin aux États-Unis au Q1 2027-28), une amélioration de l'exécution commerciale (optimisation des réseaux de distribution, programme Revenue Growth Management), et un renforcement du modèle d'affaires (centralisation des achats, réorganisation interne). Pour 2026-27, la direction anticipe un retour à la croissance organique des ventes et une légère amélioration de la marge opérationnelle, sans toutefois lever le voile sur des objectifs chiffrés. Rémy Cointreau vise maintenant un ratio dette/EBITDA maintenu sous 3,5x à mars 2027, et les objectifs de moyen terme seront présentés en novembre 2026.