Affaire Hermès/LVMH : trois professionnels suisses mis en examen à Paris
Trois avocats suisses ont été mis en examen à Paris dans l'enquête sur la disparition présumée d'un bloc d'actions Hermès appartenant à Nicolas Puech. L'héritier affirme avoir été dépossédé de ces titres à son insu, et le dossier explore un possible lien avec la montée de LVMH au capital du maroquinier. Le groupe de Bernard Arnault dément toute implication.
Un héritier dépossédé, une enquête qui s'élargit
L'instruction parisienne franchit une étape : deux avocats et une notaire suisses viennent d'être mis en examen, pour des qualifications variant selon les personnes — tentative d'escroquerie en bande organisée, complicité d'abus de confiance aggravé. Ils contestent les faits, selon le parquet, qui confirme une information de Libération.
À l'origine du dossier, Nicolas Puech, 83 ans, résident suisse et membre de la famille Hermès, accuse son ancien gestionnaire de fortune Eric Freymond de l'avoir spolié. Dans sa plainte déposée fin 2023, il soupçonne ce dernier d'avoir détourné ses actifs depuis 1998, via des sociétés de droit suisse, et vendu ses actions sans son accord. Freymond avait été mis en examen le 9 juillet 2025 pour abus de confiance aggravé, faux et usage de faux, et placé sous contrôle judiciaire avec un cautionnement de cinq millions d'euros. Il est mort en Suisse le 21 juillet : selon le parquet, il a mis fin à ses jours. Sa disparition éteint l'action publique le concernant, mais pas l'instruction, qui cherche désormais à savoir si d'autres personnes ont pu prendre part aux faits.
Dilico et le soupçon d'un transfert vers LVMH
C'est dans ce cadre que les trois professionnels suisses ont été mis en cause. L'un des avocats est soupçonné d'avoir participé au détournement des actions au profit de LVMH entre 2001 et 2014, via la société offshore Dilico qu'il administrait. Ce véhicule avait déjà été repéré par l'AMF comme l'un des canaux de transferts de titres Hermès vers des établissements liés au géant du luxe. Au civil, Nicolas Puech a assigné LVMH et Bernard Arnault, leur réclamant 14 milliards d'euros. En décembre 2025, le groupe a de nouveau affirmé n'avoir jamais détourné la moindre action Hermès, une position qui demeure au cœur d'un dossier où rien n'a encore été jugé.
En toile de fond, la bataille capitalistique de 2008
L'affaire renvoie à la montée de LVMH au capital d'Hermès, amorcée à la fin des années 2000, qui avait valu au groupe une amende de 8 millions d'euros de l'AMF en 2013 pour manquement à ses obligations d'information. Cette sanction visait les conditions de déclaration de sa participation, sans trancher la question que soulève aujourd'hui Nicolas Puech : une partie des titres mobilisés dans les mouvements liés à LVMH provenait-elle de son patrimoine, sans son consentement ?
À ce stade, l'hypothèse relève des soupçons. Les mises en examen ne préjugent pas de la culpabilité des intéressés ; elles signent l'élargissement d'un dossier sensible, à la croisée de la gestion de fortune, du droit suisse et d'une des plus grandes batailles capitalistiques du luxe.