“ Il n’est pas trop tard pour revenir sur les marchés émergents ! ”
Par Pierre-Henri Cloarec, CFA, gérant du fonds Nordea 1 – Emerging Stars Equity chez Nordea Asset Management
Le conflit au Moyen-Orient a perturbé provisoirement la bonne dynamique autour de la zone émergente enclenchée depuis l’an dernier. Mais les fondamentaux restent bien orientés et les opportunités nombreuses.
La technologie sud-coréenne et taïwanaise creuse l’écart
Si le contexte géopolitique a déstabilisé les marchés en mars, les investisseurs n’ont aucune raison de délaisser les marchés émergents mais plutôt de profiter des points d’entrée offerts. Depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump et les annonces du « Liberation Day » en avril 2025, cette classe d’actifs est redevenue performante. Il est vrai que l’affaiblissement du dollar et les fondamentaux de la classe d’actifs justifient pleinement ce regain d’intérêt. Dans ce contexte, nous pensons que le retour des flux ne fait que s’amorcer. Les marchés émergents sont désormais recherchés pour leurs qualités structurelles plutôt que comme de simples poches d’ajustement. Le manque de lisibilité de la politique américaine encourage les investisseurs à reconsidérer leurs allocations en leur faveur. Or, les actions émergentes ne dépassent toujours pas 6% des portefeuilles d’actions mondiales. Une part qui devrait augmenter au cours des prochaines années.
Si certains a priori n’ont pas complètement disparu dans la communauté financière, le consensus a revu à la hausse les anticipations de croissance des bénéfices des valeurs du MSCI Emerging Markets (EM) pour 2026 de 20 à 40% depuis le début de l’année. Malgré le rebond récent, il n’est donc pas trop tard pour prendre le train en marche. Les entreprises émergentes en pleine croissance ne manquent pas et sont de plus en plus intégrées dans les chaînes de valeur mondiales. D’autant qu’après une décennie de sous-performance, l’écart de valorisation entre l’indice MSCI EM et le MSCI World demeure important, autour de 35% !
Le secteur technologique permet en particulier à la Corée du Sud et à Taïwan d’offrir aux investisseurs du monde entier des pépites de choix. Aujourd’hui, 80% de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs utilisés pour le déploiement de l’IA est contrôlé par des entreprises sud-coréennes et taïwanaises. Or, les dépenses d’investissement considérables des hyperscalers américains génèrent déjà des résultats tangibles pour ces entreprises asiatiques. Mi-avril, la croissance attendue des bénéfices des valeurs technologiques de l’indice MSCI EM pour 2026 ressortait ainsi à 140%, contre 40% il y a encore 4 mois !
En matière de transition énergétique, les entreprises asiatiques offrent également des opportunités remarquées. L’avance de la Chine sur les énergies renouvelables ainsi que sur les systèmes de stockage d’énergie constitue un atout majeur, notamment dans la course à l’intelligence artificielle, y compris par rapport aux Etats-Unis dont les infrastructures électriques sont vieillissantes et nécessitent des investissements considérables. Outre le dynamisme de ces valeurs technologiques, les marchés émergents restent portés par la bonne tenue de la consommation intérieure alors que la menace déflationniste en Chine s’éloigne à court terme.
Parmi les émetteurs susceptibles d’intéresser les investisseurs, mentionnons All Ring, un fournisseur privilégié de TSMC qui fournit des équipements pour packagings avancés. Partie intégrante de la « supply chain » du géant des semi-conducteurs, cette valeur moyenne taïwanaise prévoit de réaliser une croissance annuelle de 50% des profits au cours des trois prochaines années, portée par les investissements massifs dans l’IA et le déploiement de technologies toujours plus avancées. Néo-banque brésilienne mais cotée à New York, Nubank profite enfin de l’essor de la pénétration des produits bancaires au Brésil, mais aussi au Mexique où elle s’est implantée plus récemment. Cette valeur financière attend une croissance annuelle des bénéfices de 30% au cours des trois prochaines années.