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Après plusieurs années de désintérêt, les petites et moyennes capitalisations européennes renouent avec la performance. Portées par la baisse des taux, la relance budgétaire et des bilans solides, elles retrouvent leur place dans les portefeuilles des gérants “value”. Une reprise encore fragile, mais prometteuse, qui pourrait annoncer un cycle de rattrapage durable.
Les small et mid caps européennes semblaient promises à l’oubli. Depuis 2022, la hausse brutale des taux d’intérêt et les tensions géopolitiques avaient fait fuir les investisseurs, au profit des grandes capitalisations jugées plus sûres. Mais en 2025, le vent tourne. Selon Amiral Gestion, le segment retrouve de la vigueur, avec un CAC Small en hausse de près de 50 % depuis le début de l’année.Ce rebond n’est pas anecdotique : il s’appuie sur des fondamentaux tangibles. « Nous avons rencontré plus d’une centaine de dirigeants à travers l’Europe depuis le printemps — de Stockholm à Madrid — et partout, les signaux de reprise se multiplient », observe Raphaël Moreau, gérant actions européennes chez Amiral Gestion.En Allemagne, le climat s’éclaircit autour du vaste plan Merz de relance industrielle annoncé en mars dernier. S’il suscite encore des impatiences, ses premiers effets se font sentir : les commandes dans la défense et les infrastructures progressent, et les carnets se remplissent. En France, le ton est presque optimiste malgré un contexte politique tendu. La croissance se maintient autour de 1 %, le chômage reste contenu et certains secteurs, comme la construction, redécollent : Hexaom, leader des maisons individuelles, affiche une hausse de 70 % de son carnet de commandes au premier semestre.Même constat sur le plan bancaire : les Caisses régionales du Crédit Agricole rebondissent après un exercice 2024 difficile, tandis que les marges s’améliorent. Les effets de la baisse des taux amorcée en juin 2024 commencent à irriguer l’économie réelle. « Les entreprises que nous suivons ont absorbé le choc des taux et s’adaptent rapidement à ce nouvel environnement », poursuit Raphaël Moreau.
La reprise des small caps ne tient pas qu’à un rebond technique : elle reflète un rétablissement structurel. La plupart des entreprises concernées disposent aujourd’hui de bilans assainis, d’un endettement limité et d’une forte capacité d’ajustement. En Italie, le ralentissement économique est volontaire : Rome a choisi de ramener son déficit sous 3 %, créant les bases d’une croissance plus saine. En Espagne, l’activité reste soutenue, tirée par la consommation et le tourisme.Sur le plan macroéconomique, les signaux de stabilisation s’accumulent : l’indice PMI européen, tombé à 42 en décembre dernier, est remonté à 50 à l’automne 2025, seuil d’équilibre entre contraction et expansion. Dans ce contexte, les investisseurs redécouvrent les vertus du stock-picking — la sélection de valeurs individuelles — sur un marché redevenu différenciant.Côté valorisation, la France se distingue désormais comme le marché le moins cher d’Europe, alors qu’il était encore considéré comme l’un des plus chers un an plus tôt. « Environ 35 % de notre fonds Sextant PME est investi en France, contre 27 % en Allemagne et Autriche combinées », précise Amiral Gestion. Le positionnement “value” du gérant — acheter des entreprises sous-évaluées mais solides — retrouve tout son sens dans un cycle de redressement progressif.Les secteurs moteurs sont emblématiques : la défense, les infrastructures, la transition énergétique et les services industriels. En Allemagne, MBB, acteur clé des infrastructures énergétiques, a relevé ses prévisions. Bilfinger, spécialiste de la maintenance et de la durabilité des sites industriels, voit sa valorisation progresser fortement. Ces entreprises, longtemps délaissées, profitent d’un double effet : relance publique et exigence de transformation verte.
Les gérants restent prudents, mais confiants. L’Europe ne connaît pas encore le grand retour des flux sur les small caps, mais la phase de revalorisation semble enclenchée. « Historiquement, quand le segment des petites capitalisations se réactive, le mouvement est souvent rapide et intense, mais il s’inscrit dans la durée », rappelle Raphaël Moreau.Cette dynamique repose sur des catalyseurs tangibles : la baisse des taux, le rebond des commandes publiques et la stabilisation macroéconomique. Dans ce contexte, les investisseurs long terme, notamment institutionnels et family offices, reviennent progressivement sur ce segment, perçu comme un levier de croissance structurel.Au-delà des performances, c’est une nouvelle philosophie de marché qui émerge : redonner de la place au réel, à la proximité, à la valeur fondamentale. Loin des méga-capitalisations mondiales et de la volatilité algorithmique, les small caps incarnent un capitalisme plus enraciné — celui des entreprises qui produisent, innovent et emploient sur le territoire.Loin d’être une simple classe d’actifs, les petites valeurs redeviennent un baromètre de la confiance économique européenne. Et si le mouvement reste encore discret, il pourrait bien marquer le début d’un nouveau cycle d’expansion, où les investisseurs récompensent enfin la qualité, la patience et la visibilité.