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Les secousses de ces dernières semaines intriguent : hausses brutales en pré-ouverture, chutes soudaines sans annonce macro, rotations violentes sur quelques heures… Pourtant, en arrière-plan, rien ne justifie un changement de régime économique. Dans une note lucide, Christopher Dembik (Pictet AM) replace cette volatilité dans un contexte structurel : celui d’un marché sain, mais mécaniquement amplifié par les comportements des investisseurs.
Christopher Dembik le rappelle d’emblée : les marchés évoluent depuis plusieurs semaines dans une direction parfois erratique, sans que les fondamentaux ne valident ces mouvements brusques. Ce décalage s’explique d’abord par une mécanique classique.Après les gains engrangés depuis le printemps – des positions acheteuses ouvertes en mai-juin puis renforcées en septembre –, les fonds spéculatifs procèdent à des ventes massives pour sécuriser leurs profits. Ces dénouements de positions pèsent sur les actions, mais de façon sporadique et rapide, donnant l’impression de secousses sans cause.Le deuxième facteur est plus récent et plus puissant : l’explosion de l’usage des ETF à effet de levier par les ménages américains.En 2024, au moment où les investisseurs professionnels étaient largement vendeurs d’actions US, une partie croissante de l’épargne domestique s’était redéployée via ces instruments très particuliers. Ils permettent de s’exposer à un montant supérieur au capital réellement détenu, et donc de profiter de hausses amplifiées.Mais l’effet inverse est tout aussi mécanique : en cas de correction, la baisse est démultipliée, forçant certains investisseurs à réduire leurs positions pour éviter de dépasser leurs limites de pertes. Ce mécanisme crée des vagues de marché qui ne reflètent pas la trajectoire économique, mais l’ingénierie financière.C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui : des mouvements rapides, bruyants, mais structurés par la technique plus que par l’économie.Malgré cette agitation, la toile de fond demeure particulièrement favorable. Selon Factset, la marge bénéficiaire nette du S&P 500 atteint 13,1 % au troisième trimestre – son plus haut niveau depuis 2009. Ce résultat, loin d’être anecdotique, reflète la capacité des grandes entreprises américaines à préserver leurs marges dans un environnement marqué par la normalisation des prix, des coûts salariaux toujours sensibles et une demande qui reste soutenue.Les analystes anticipent par ailleurs une poursuite de cette dynamique. À l’heure où les investisseurs s’interrogent sur la solidité de l’économie américaine après l’atterrissage de l’inflation, la qualité des bénéfices reste le meilleur indicateur disponible : elle confirme que les entreprises ont consolidé leur position post-pandémie et disposent d’une marge de manœuvre pour 2026.Loin d’annoncer un retournement, les secousses actuelles ressemblent davantage à un bruit technique dans un marché encore bien orienté. Dembik le formule sans détour : 2026 devrait être un bon cru boursier.
La période qui s’ouvre renforce ce phénomène. Avec les festivités de Thanksgiving, les volumes échangés vont chuter de manière drastique. Or, plus les volumes se contractent, plus les ordres même modestes peuvent provoquer des variations disproportionnées.Le risque est donc clair : des mouvements erratiques encore plus prononcés, sans lien avec des informations nouvelles.Sur le marché obligataire, la tension devrait se maintenir. Le taux souverain à 20 ans du Japon a, la semaine passée, atteint son plus haut niveau depuis 1999, un signe de normalisation monétaire dans une économie longtemps habituée au contrôle strict de la courbe des taux. Cet ajustement technique – attendu depuis des années – ajoute une dose supplémentaire d’instabilité sur les marchés mondiaux, les investisseurs réévaluant le rôle du Japon dans leurs allocations.La semaine sera également rythmée par une publication très suivie : la première estimation du PIB américain du troisième trimestre, attendue mercredi. Après l’exploit du deuxième trimestre (+3 %, notamment porté par les anticipations liées aux taxes douanières), un ralentissement est probable, mais la dynamique globale devrait rester positive.Plus problématique : la Maison Blanche a laissé entendre que les chiffres d’inflation et d’emploi d’octobre pourraient ne jamais être publiés en raison du shutdown. Une incertitude institutionnelle inhabituelle, dans un marché qui déteste le vide statistique.
Au milieu de ces à-coups, un indicateur vient tempérer le discours anxiogène : le taux d’emploi des 55-64 ans a légèrement progressé au troisième trimestre, atteignant 61,8 %, soit son plus haut niveau depuis 1975.Un signe de robustesse démographique, essentielle dans une économie où la pénurie de main-d’œuvre reste l’un des principaux risques. Cette hausse témoigne d’une capacité accrue des seniors à rester dans l’emploi, grâce à un marché du travail toujours dynamique.Dembik y voit un motif de confiance supplémentaire : malgré la volatilité, malgré l’environnement politique, malgré les secousses techniques, des facteurs structurels continuent de jouer positivement pour l’économie américaine.