Après Bayrou, les marchés restent stoïques
La démission de Bayrou n'a pas secoué les marchés financiers, mais les agences de notation restent préoccupées par la situation budgétaire.
Les marchés anticipaient déjà la crise
Lundi 8 septembre, François Bayrou a échoué à obtenir la confiance de l’Assemblée nationale et remis la démission de son gouvernement. Moins de 24 heures plus tard, l’Élysée a nommé Sébastien Lecornu Premier ministre. Pourtant, malgré ce séisme politique, les marchés sont restés de marbre. Le CAC 40 a terminé dans le vert à chaque séance de la semaine, comblant progressivement les pertes enregistrées au moment de l’annonce de l’échec du vote de confiance.
La sérénité relative des investisseurs s’explique en partie par l’adjudication obligataire de l’Agence France Trésor (AFT) intervenue quelques jours plus tôt. Jeudi 4 septembre, l’État avait réussi à lever sans difficulté 11 milliards d’euros sur des obligations de long terme, dans le cadre d’un programme record de 300 milliards pour 2025. Les taux se sont révélés supérieurs aux attentes — 3,57 % pour l’OAT 2035 contre 3,5 % espérés, 4,04 % pour l’échéance 2042 contre 3,6 %, et 4,43 % pour l’obligation 2056 contre 3,75 % anticipés — mais les titres ont trouvé preneur sans problème.
Cette situation contraste avec d’autres épisodes de turbulences politiques. La chute du gouvernement Bayrou n’a rien eu d’un « liberation day » à la française, en référence au 2 avril dernier où l’annonce de la démission de Donald Trump avait déclenché un emballement spectaculaire sur les marchés américains. L’euro, à 1,1721 dollar mercredi, s’est d’ailleurs maintenu, et l’écart de taux d’emprunt entre la France et l’Allemagne a seulement dérivé de 74 à 82 points de base avant de revenir autour de 80.
Une accalmie fragile face aux agences de notation
Si l’épisode n’a pas effrayé les investisseurs, la menace d’un abaissement de la note française plane toujours. Fitch pourrait décider dès vendredi de dégrader la dette souveraine de AA- à A+. Un tel geste acterait la fin des ambitions de réduction du déficit de 44 milliards d’euros en 2026 et rendrait improbable le retour du solde public à -3 % du PIB d’ici 2029.
« Tant que la capacité de remboursement de la France reste jugée crédible, elle pourra continuer à emprunter sur de longues maturités. Si la note était abaissée, le coût de financement bondirait rapidement », observe Grégoire Kounowski, investment advisor chez Norman K. En clair, la confiance actuelle repose sur une forme de crédit politique accordé par les marchés, qui pourrait se retourner dès que l’incertitude budgétaire se prolongera.
L’Élysée, conscient du danger, a écarté d’emblée l’hypothèse d’une dissolution. En nommant Sébastien Lecornu dans la foulée de la démission de François Bayrou, le président a voulu rassurer les investisseurs. Mais le nouveau Premier ministre devra s’atteler à un défi redoutable : faire adopter un budget 2026 et ramener les comptes publics sur une trajectoire soutenable, malgré une Assemblée fragmentée.
Pour l’instant, la France reste un placement perçu comme sûr. Mais la tolérance des marchés pourrait vite s’émousser si la crise politique devait s’enliser.