Croissance modérée et résilience européenne : les prévisions automnales de Bruxelles
La Commission européenne vient de publier ses prévisions économiques d’automne, offrant une lecture optimiste de la croissance pour la zone euro et l’Union européenne en 2025. Malgré une conjoncture internationale tendue et des barrières commerciales persistantes, les projections révèlent une dynamique supérieure aux attentes déclinées au printemps, tout en mettant en lumière des défis structurels pour les finances publiques.
Une progression du PIB supérieure aux attentes, portée par la demande intérieure
Pour 2025, Bruxelles table sur une progression du PIB de 1,4 % pour l’Union européenne et de 1,3 % pour la zone euro, soit une révision à la hausse par rapport aux estimations de mai. Ce rythme modéré devrait se poursuivre en 2026 (1,4 %) et s’accélérer à 1,5 % en 2027 au niveau européen, avec une dynamique légèrement plus faible pour la zone euro.
Ce rebond étonne, compte tenu du maintien de droits de douane américains sur les biens européens, confirmés à 15 % lors de l'accord de juillet entre Washington et Bruxelles. La Commission pointe le fort regain de la demande intérieure comme facteur clé du maintien de la croissance, dans un contexte d’usure du commerce international et de stabilité de l’euro face aux principales devises. Selon Valdis Dombrovskis, commissaire à l’économie, l’Union doit davantage miser sur ses « leviers nationaux » pour soutenir l’activité alors que les barrières commerciales restent à des niveaux inédits.
Inflation maîtrisée et emploi robuste, mais salaires en léger ralentissement
Les projections pour l’inflation dans la zone euro marquent une détente : 2,1 % en 2025, puis une stabilisation autour de l’objectif de 2 % de la BCE. La Banque centrale européenne a maintenu son taux directeur à 2 %, et aucune baisse n’est envisagée à court terme. Sur le marché du travail, l’emploi devrait poursuivre sa progression, à 0,5 % en 2025 et 2026, avant un ralentissement à 0,4 % en 2027. Les salaires, pour leur part, continuent de croître plus vite que l’inflation, ce qui devrait renforcer légèrement le pouvoir d’achat des ménages. Cette évolution, bien qu’encourageante, s’accompagne d’une prudence accrue face aux incertitudes politiques et commerciales, notamment pour la France, dont la croissance pour 2025 est relevée à 0,7 % par Bruxelles et estimée à 1,1 % en 2027.
Finances publiques sous tension et perspectives de la dette
Malgré l’activité retrouvée, la question des finances publiques reste entière. La Commission européenne anticipe une augmentation du déficit public dans l’Union, passant de 3,1 % du PIB en 2024 à 3,4 % en 2027. Ce glissement est attribué principalement à l’alourdissement des dépenses militaires et à la montée des charges d’intérêts sur la dette. Le ratio dette/PIB poursuivra une lente progression pour s'établir à 85 % dans l’UE et 91 % en zone euro à l’horizon 2027. Quatre États – Belgique, Grèce, Italie et France – devraient afficher un taux d’endettement supérieur à 100 %, la France atteignant même les 120 % du PIB. Selon l’analyse de la Commission, la consolidation budgétaire sera indispensable, notamment avec la mise en place du marché carbone (ETS2) qui viendra modifier les équilibres pour les ménages et entreprises à partir de 2027, obligeant les États à ajuster leurs stratégies fiscales et environnementales.