Les exportations cosmétiques françaises se maintiennent malgré les droits de douane américains de 15%
Face à l'instauration de droits de douane de 15% par les États-Unis, l'industrie cosmétique française affiche une résilience remarquable. Les acteurs du secteur doivent désormais composer avec un environnement commercial international tendu et concurrentiel. Les professionnels misent sur l'adaptation stratégique, le soutien européen et la capacité d'innovation pour maintenir leur leadership mondial.
Une résistance qui témoigne de la vitalité du secteur
Les exportations de cosmétiques françaises ont atteint les 22,5 milliards d'euros en 2024, malgré la pression des droits de douane américains de 15%. Ce chiffre souligne la puissance du secteur, qui représente 300000 emplois directs et indirects en France et près de 3 millions en Europe. Les États-Unis constituent l'un des deux premiers marchés pour la beauté française, à côté de la Chine. Malgré une taxation accrue, les résultats restent robustes, portés par la réputation d'excellence et la capacité des marques à s'imposer sur les segments premium. En particulier, certains groupes français parmi les leaders mondiaux profitent d'une forte capacité d'adaptation et d'innovation de gamme, notamment sur la haute parfumerie et les soins spécialisés, prisés par la clientèle nord-américaine. Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, rappelait récemment à Paris que « la filière veut compter sur l'appui de l'Union européenne qui devrait en faire une priorité stratégique ».
L'Europe appelée à soutenir la compétitivité face aux barrières commerciales
À l'occasion du salon Cosmetic 360, la profession a réitéré la nécessité de renforcer le soutien européen pour préserver la compétitivité internationale. La Fédération des entreprises de la Beauté (FEBEA) et Cosmetic Valley demandent une intensification des accords de libre-échange et une simplification du cadre normatif, afin de stimuler les exportations. Selon Emmanuel Guichard, délégué général de la FEBEA, « le secteur cosmétique place une grande confiance et beaucoup d’espoir dans la Commission européenne, pour soutenir nos entreprises face à une concurrence mondiale accrue et une régulation toujours plus complexe ». Ces revendications interviennent alors que l'industrie pointe également l'effet des freins à la consommation en Chine, mais insiste sur l'importance primordiale du marché nord-américain. Au-delà de la question des droits de douane, ce sont la fluidité du commerce intra-européen et la lutte contre la contrefaçon qui figurent au cœur des priorités.
Mutation stratégique des géants du secteur et redéploiements offensifs
Les transactions de grande ampleur témoignent de la volonté des groupes français d'adapter leur modèle. Kering a annoncé la cession de sa division beauté à L'Oréal pour 4 milliards d'euros, intégrant des marques de prestige comme Creed et ouvrant la voie à de nouvelles licences dans le secteur du luxe. Ce mouvement stratégique vise à renforcer les portefeuilles dans un contexte où la concurrence s'intensifie, notamment sur le segment premium, et à offrir de nouvelles perspectives d'exportation. L'Oréal, numéro un mondial du secteur, enregistre une hausse de 0,5% de ses ventes au troisième trimestre 2025, soutenue par la croissance des deux principaux marchés que sont la Chine et les États-Unis, malgré les effets de change. Nicolas Hieronimus, directeur général du groupe, maintient un cap confiant sur l'exercice en cours, misant sur « la progression de la rentabilité ». L'adaptabilité des acteurs majeurs du secteur et leur capacité à se recentrer sur des marques fortes apparaissent plus que jamais comme un gage de résilience face aux bouleversements du commerce mondial.