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Violences économiques : l’autonomie bancaire des femmes continue de reculer

L’enquête Ifop pour Crédit Mutuel Alliance Fédérale et la Fédération Nationale Solidarité Femmes révèle un constat glaçant : en France, plus d’une femme en couple sur quatre n’a toujours pas de compte bancaire personnel. Un recul silencieux de l’autonomie financière, qui constitue pourtant l’un des premiers remparts contre les violences conjugales.

Violences économiques : l’autonomie bancaire des femmes continue de reculer
Temps de lecture : 3 minute(s) - Par | Mis à jour le 26-11-2025 12:17 | Publié le 27-11-2025 11:36

Sans compte personnel, aucune marge de manœuvre

Chaque année, la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes s’accompagne de chiffres douloureux. Mais l’édition 2025 de l’enquête menée par l’Ifop pour Crédit Mutuel Alliance Fédérale et la FNSF met en lumière un élément particulièrement préoccupant : la perte d’autonomie bancaire.

Selon les résultats publiés, plus d’une femme en couple sur quatre n’a pas accès à un compte bancaire personnel. Non seulement ce chiffre est élevé, mais il est en hausse par rapport à l’année précédente, signe que les rapports économiques au sein du couple ne s’émancipent pas aussi rapidement que les discours publics pourraient le laisser penser.

Ce manque d’autonomie financière n’est pas un simple détail administratif. Il constitue l’un des mécanismes les plus puissants — et les moins visibles — des violences économiques, une forme de maltraitance encore trop peu reconnue.

Ces violences prennent différentes formes : confiscation des revenus, contrôle strict des dépenses, accaparement du compte commun, ou détournement de l’épargne familiale, y compris celle destinée aux enfants.

Toutes ont un point commun : elles privent les femmes de la possibilité d’agir, de décider, et surtout de partir.

De nombreuses victimes expliquent ne pas pouvoir quitter leur conjoint violent faute de ressources financières personnelles, de compte sécurisé, ou de moyens pour se reloger. Le lien entre dépendance économique et impossibilité de fuite est direct. Il explique pourquoi les violences économiques sont aujourd’hui considérées comme un facteur décisif d’emprise.

Contrairement à une idée répandue, les violences conjugales ne reposent pas seulement sur la dimension physique ou psychologique. L’une des réalités les plus brutales est celle de la privation d’accès aux moyens de paiement, qui empêche la victime de se nourrir correctement, de se déplacer, de mettre de l’argent de côté ou d’envisager une solution autonome. Un compte bancaire personnel — même modeste — est souvent l’unique porte de sortie.

L’enquête Ifop rappelle que de nombreuses femmes voient leurs revenus captés par leur compagnon ou ne disposent pas de moyen de paiement indépendant. Sans carte, sans épargne, et parfois sans téléphone personnel, la dépendance devient totale.

C’est précisément pour cela que les associations spécialisées insistent sur l’importance de l’autonomie bancaire, qui devrait constituer un réflexe citoyen autant qu’un acquis juridique.

Face à cette réalité, Crédit Mutuel Alliance Fédérale — première banque à avoir adopté le statut d’entreprise à mission — a mis en place depuis le 1er juillet 2024 un dispositif inédit : l’ouverture rapide, discrète et gratuite pendant un an d’un compte bancaire personnel pour les femmes victimes de violences conjugales, à condition qu’elles soient accompagnées par la FNSF.

Ce compte n’est pas rattaché au domicile conjugal, et il n’apparaît pas dans les documents auxquels le conjoint pourrait avoir accès. L’objectif est simple : redonner un espace financier sécurisé à celles qui n’en ont plus.

Ce dispositif n’a pas vocation à résoudre les violences économiques, mais il permet de briser un verrou essentiel : celui du non-accès à un compte. Dans les faits, cette mesure offre une base concrète pour organiser une fuite, reconstituer une épargne minimale, ou accéder aux prestations sociales indépendamment du conjoint violent.

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Une vulnérabilité structurelle

Si les violences économiques progressent, c’est aussi parce que l’autonomie financière reste inégalement répartie au sein des couples. La gestion du budget domestique, des comptes bancaires ou de l’épargne continue de peser davantage sur les hommes dans de nombreux foyers.

L’effacement financier des femmes n’est donc pas une anomalie : il s’inscrit dans une continuité sociétale où, trop souvent, celles-ci renoncent à l’autonomie bancaire par habitude, pression ou dépendance affective… jusqu’au moment où cette renonciation devient un piège.

Pour les acteurs engagés dans la lutte contre les violences conjugales, la priorité est désormais d’élargir l’information autour de ces mécanismes et de systématiser l’accès à un compte personnel.

L’enquête Ifop montre que la dépendance économique est encore insuffisamment comprise, alors qu’elle constitue l’un des freins les plus tangibles à la protection effective des victimes.

La lutte contre les violences économiques exige donc un alignement : du système bancaire, des autorités publiques, des associations et de l’ensemble de la société.

Car au-delà des chiffres, c’est bien la possibilité de reprendre le contrôle de son quotidien — de payer un loyer, de faire un achat, de prendre un taxi pour fuir — qui se joue dans l’accès à un simple compte bancaire.


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