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Le nouveau Global Talent Competitiveness Index (GTCI) propulse Singapour à la première place mondiale, devant la Suisse, grâce à une stratégie d’adaptation rapide face aux disruptions technologiques. La France conserve sa 19e position : un rang solide, mais immobile depuis dix ans, révélateur d’un système performant mais insuffisamment transformateur.
Pour la première fois depuis son lancement en 2013, le GTCI place Singapour en tête des 135 économies analysées. La cité-État détrône la Suisse, longtemps numéro un, en s’appuyant sur une approche proactive de la montée en compétences : adaptation continue du système éducatif, culture numérique élevée, développement massif des compétences d’innovation et d’IA. Les chercheurs de l’INSEAD, qui pilotent l’indice, soulignent que les pays capables de cultiver une main-d’œuvre agile, interfonctionnelle et maîtrisant l’IA sont ceux qui transforment le mieux les disruptions en opportunités.L’Europe reste très présente dans le haut du classement : 18 des 25 premières places lui reviennent. Le bloc suisse–scandinave continue de trôner au sommet (Suisse 2e, Danemark 3e, Finlande 4e, Suède 5e), suivis de près par les Pays-Bas, la Norvège et le Luxembourg. L’Irlande, l’Autriche, l’Islande, l’Allemagne et la Belgique complètent cet ensemble résilient.Dans ce paysage reconfiguré, la France conserve sa 19e place, exactement comme l’an dernier. Solide, mais sans véritable progression. L’Hexagone se classe 14e en Europe et 19e parmi les pays à haut revenu, avec de bons scores en éducation, apprentissage continu, compétences intermédiaires et hautes compétences techniques. Ses fragilités tiennent ailleurs : attractivité, ouverture interne (l’inclusion et la mobilité de ses propres talents), et surtout employabilité, un point de décrochage récurrent.Comparée à ses homologues du G7, la France affiche un PIB par habitant élevé mais un score GTCI en retrait. Le classement montre que puissance économique et compétitivité des talents ne sont pas directement corrélées : ce qui compte, c’est la capacité à aligner les politiques publiques, l’éducation, les entreprises et la recherche autour d’une vision cohérente.Le constat est limpide : depuis dix ans, la France oscille entre la 19e et la 24e place. Un signe de stabilité, mais pas d’amélioration structurelle.
Le thème central du GTCI 2025 — « La résilience à l’ère de la disruption » — éclaire ce que les pays les plus performants ont compris : dans un monde où l’IA, les transitions technologiques et les crises géopolitiques rebattent les cartes, la compétitivité ne dépend plus seulement du niveau de richesse, mais de la capacité à convertir les ressources en résultats mesurables.Plusieurs pays illustrent cette efficacité : Israël, la Corée du Sud et Singapour obtiennent de meilleurs scores que ce que laisseraient présager leurs niveaux de revenus. À l’autre bout du spectre, certains pays émergents — Tadjikistan, Kenya, Ouzbékistan, Sri Lanka, Myanmar, ou encore Bangladesh — surprennent par leur dynamique positive, preuve qu’une gouvernance du capital humain peut changer l’équation.Même des économies à faibles revenus comme le Rwanda démontrent qu’il est possible de bâtir des bases solides pour développer les talents lorsque les politiques sont alignées.Dans cette édition, le cas de Singapour est emblématique. La cité-État est première en compétences d’adaptabilité, un indicateur particulièrement révélateur : capacité des travailleurs à collaborer, penser en mode interdisciplinaire, innover sous pression, naviguer dans des environnements numériques complexes. Autant de soft skills devenues critiques dans un marché mondial marqué par les ruptures technologiques.Paul Evans, professeur émérite et corédacteur du rapport, résume l’enjeu : « les économies qui cultivent une main-d’œuvre adaptable, interfonctionnelle et maîtrisant l’IA sont mieux positionnées pour transformer les perturbations en opportunités ». Un message direct aux gouvernements : l’IA n’est plus une compétence différenciatrice mais une exigence de base.Le classement met aussi en lumière des décrochages : les États-Unis, par exemple, tombent de la 3e à la 9e place, reflet d’un marché du travail plus fragmenté et d’un climat commercial moins favorable. La Chine, désormais 53e, recule fortement dans cette édition, même si les auteurs soulignent que des données manquantes peuvent également influencer ce résultat.
Le maintien de la France à la 19e place est ambivalent. Il traduit à la fois une robustesse certaine — système éducatif solide, qualité de la formation, compétences avancées — et une difficulté à franchir un cap. L’Hexagone demeure pénalisé par sa faible attractivité, son ouverture interne limitée, et un marché du travail qui peine à mobiliser pleinement les compétences disponibles.Les auteurs du GTCI sont clairs : la compétitivité des talents repose désormais sur la capacité à aligner éducation, innovation et organisation du travail. Les pays qui savent « faire plus avec moins » sont ceux qui progressent le plus vite. La France, elle, performe, mais ne convertit pas suffisamment.La nouvelle collaboration entre l’INSEAD et le Portulans Institute, annoncée dans cette édition, vise d’ailleurs à renforcer la fiabilité des mesures et à affiner les critères de résilience. Un signal de plus : à l’heure où les technologies disruptives redéfinissent les stratégies RH, le pilotage du capital humain devient une priorité nationale.