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Dernière mise à jour : 16/12/2025 - 12h48
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Le congé de naissance, nouvelle arme démographique pour les pères français

La France s'apprête à transformer en profondeur l'organisation familiale des jeunes parents. À partir du 1er janvier 2026, un nouveau dispositif offre à chaque père jusqu'à deux mois supplémentaires pour accueillir son enfant. Cette mesure, adoptée par l'Assemblée nationale le 12 novembre 2025, s'inscrit dans une stratégie gouvernementale de redynamisation démographique face au déclin de la natalité.

Le congé de naissance, nouvelle arme démographique pour les pères français
Temps de lecture : 3 minute(s) - Par La rédaction | Mis à jour le 27-11-2025 09:35 | Publié le 27-11-2025 09:35

Un cadre législatif aux contours désormais clarifiés

Le congé de naissance a connu un parcours législatif mouvementé avant de trouver sa forme définitive. Initialement programmé pour juillet 2027, le calendrier d'entrée en vigueur a été avancé au 1er janvier 2026 suite à un amendement défendu par la députée Sarah Legrain. Cette accélération du dispositif répond à « l'urgence démographique » évoquée par Emmanuel Macron dès janvier 2024. Le texte a franchi le cap de l'Assemblée nationale en première lecture le 12 novembre 2025, avec plusieurs ajustements significatifs dont la possibilité de fractionner le congé en deux périodes distinctes.

Le Sénat, réuni le 24 novembre 2025, a introduit des modifications importantes : il a notamment supprimé l'obligation pour au moins un mois de ne pas être pris simultanément par les deux parents, revenant sur une ambition de meilleure répartition des tâches. Les sénateurs ont également voté pour que ce congé ne soit pas fractionnable, créant une tension avec la position adoptée par les députés.

Ces divergences témoignent des enjeux sociétaux sous-jacents, où la question de l'égalité parentale entre en friction avec les impératifs pratiques des entreprises et des familles. Le dispositif s'ajoute aux congés maternité et paternité existants, respectivement d'une durée de seize semaines et de vingt-huit jours, et ne remplace pas le congé parental classique, qui reste accessible jusqu'aux trois ans de l'enfant.

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Une architecture financière et des modalités destinées à l'attractivité

L'indemnisation constitue le pilier économique du dispositif. Le gouvernement a fixé le taux de compensation à 70 % du salaire net pour le premier mois, puis 60 % pour le second mois, selon les modalités annoncées. Ces pourcentages représentent une perte de revenus substantielle que les ménages devront absorber. Selon les estimations de la Caisse d'allocations familiales, cette indemnisation se situerait entre cent soixante-dix et quatre cent cinquante euros selon les situations. Cette fourchette large reflète les disparités salariales dans la population active.

Chaque parent peut choisir de prendre un mois ou deux mois de congé, un choix individuel non transférable à l'autre parent. Le congé doit obligatoirement être utilisé dans les neuf mois suivant la naissance ou l'adoption. Les parents peuvent décider de le prendre simultanément ou en alternance, offrant une certaine souplesse organisationnelle. Un préavis de quinze jours à un mois doit être respecté auprès de l'employeur avant la date de début souhaitée. Aucune condition d'ancienneté professionnelle n'est exigée, ce qui rend ce congé accessible aux jeunes actifs ou à ceux ayant récemment changé d'emploi. Cette universalité constitue un élément clé de l'équité du dispositif. Pour financer cette mesure, le gouvernement envisageait de repousser de quatorze à dix-huit ans l'âge de majoration des allocations familiales pour le deuxième enfant, mais les sénateurs ont rejeté cet amendement le 24 novembre 2025, soulevant des interrogations sur le financement à long terme.


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Une ouverture égalitaire masquant des tensions pratiques

Le congé de naissance s'adresse à l'ensemble de la population parentale sans discrimination. Les mères biologiques, les pères biologiques, les conjoints, concubins ou partenaires de PACS vivant avec la mère, ainsi que les parents adoptants sont tous éligibles. La réforme prévoit explicitement des conditions égalitaires pour les familles homoparentales. Dans un couple de femmes, la mère qui n'a pas accouché peut bénéficier du congé si une reconnaissance anticipée a été effectuée. Dans un couple d'hommes adoptants, les deux parents peuvent en bénéficier. Cette inclusivité constitue une avancée majeure pour les familles recomposées et les couples de même sexe.

Cependant, des tensions persistent entre les acteurs politiques sur les modalités concrètes. La ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a souligné l'objectif de donner plus de souplesse aux parents, en particulier dans les cas où la mère ferait face à un post-partum difficile. La sénatrice socialiste Laurence Rossignol a insisté sur l'importance que le lien parental ne soit pas uniquement concentré entre la mère et l'enfant dans les deux premiers mois de la vie, condition selon elle nécessaire pour une plus juste répartition de la charge mentale. Elle a également appelé à ce que la perte de revenus ne soit pas trop importante, afin que la mesure reste attractive pour les pères, lesquels gagnent en moyenne davantage que les femmes et pourraient hésiter à renoncer à leurs revenus.

Les sénateurs ont également exprimé des préoccupations quant aux difficultés pratiques pour les entreprises, notamment l'adaptation des systèmes informatiques de déclaration sociale nominative au 1er janvier 2026, justifiant leur vote pour un report au 1er janvier 2027. Cette divergence de calendrier entre Assemblée et Sénat demeure une question non résolue à ce jour.