Abivax : la perte nette double mais la trésorerie donne de la visibilité
La biotech française Abivax publie ses résultats 2025 marqués par une levée de fonds de 597,2 millions d'euros en juillet, portant sa trésorerie à 530,4 millions d'euros et lui assurant une visibilité de financement jusqu'au quatrième trimestre 2027. Cet atout financier majeur ne suffit pas à masquer l'aggravation de la perte nette, qui a doublé à 336,1 millions d'euros, reflet de l'accélération des dépenses de recherche et développement en préparation du lancement commercial du candidat vedette obefazimod.
Une levée de fonds massive pour sécuriser l'horizon stratégique
Le financement constitue le point fort des résultats 2025 d'Abivax. L'offre publique de souscription lancée le 28 juillet 2025 aux États-Unis a généré 700,3 millions de dollars bruts, soit 597,2 millions d'euros après commissions et frais. Combinée aux liquidités antérieures, cette injection porte le bilan de trésorerie, équivalents de trésorerie et placements à court terme à 530,4 millions d'euros au 31 décembre 2025. L'entreprise a également procédé au remboursement intégral de sa dette auprès de Kreos Capital VII et Heights Capital Management au cours de l'exercice, réduisant ainsi les passifs financiers à 1,9 million d'euros seulement. Sur la base des hypothèses opérationnelles actuelles, cette assise financière permet de financer les activités jusqu'au quatrième trimestre 2027, offrant une fenêtre stratégique cruciale pour l'avancement des essais cliniques et la préparation commerciale.
L'accélération des dépenses de R&D : le coût de l'ambition clinique
L'aggravation de la perte nette de 336,1 millions d'euros en 2025, contre 176,2 millions en 2024, traduit directement l'intensification de l'effort de développement. Les dépenses de recherche et développement ont bondi de 31,2 millions d'euros pour atteindre 177,8 millions d'euros, représentant 70,9 % des charges opérationnelles. Cette progression est alimentée par trois facteurs principaux : une augmentation de 13 millions d'euros des coûts de chimie, fabrication et contrôles liée à l'anticipation du futur lancement commercial ; 10,2 millions d'euros supplémentaires pour le programme dans la maladie de Crohn en phase 2b ; et 4,1 millions pour des nouvelles indications. L'obefazimod concentre l'essentiel de cet effort, représentant 96,5 % des dépenses de R&D. Les frais généraux et administratifs ont également surgi de 34,7 millions d'euros, passant à 67,7 millions, notamment en raison de charges de rémunération en actions liées à la hausse du cours de bourse au second semestre.
DSMB positif et équipe de direction renforcée : vers la commercialisation
Le 18 mars 2026, le comité indépendant de surveillance des données (DSMB) a finalisé son examen sur la base de 100 % des patients randomisés de l'essai ABTECT de phase 3, dont près de 90 % ont complété la période de traitement de 44 semaines. Aucun nouveau signal de sécurité n'a été identifié, soutenant la poursuite du programme. Les résultats principaux sont attendus pour la fin du deuxième trimestre 2026. En parallèle, Abivax restructure sa gouvernance pour affronter la phase commerciale : Michael Nesrallah, fort de 20 ans d'expérience en pharma et ancien responsable de la franchise MICI chez Takeda, rejoint en tant que directeur commercial ; Keith Fournier et Maurus de la Rosa complètent cette reconfiguration en pilotant respectivement les affaires réglementaires internationales et la recherche. Le départ de Didier Scherrer, directeur scientifique depuis 17 ans, marque la transition d'une phase purement scientifique vers une phase d'exécution commerciale. L'assemblée générale du 11 mai 2026 devra approuver ces changements. Enjeu majeur pour les investisseurs : Abivax doit convertir sa flexibilité financière en résultats cliniques positifs et en capacité commerciale avant l'épuisement de sa trésorerie.