Bolloré : dividende exceptionnel de 1,50 € malgré un résultat divisé par quatre
Le groupe Bolloré clôture l'année 2025 avec un chiffre d'affaires en recul de 9 % à 2 926 millions d'euros et un résultat opérationnel ajusté divisé par quatre. Parallèlement, le groupe affiche une position de trésorerie nette de 5,6 milliards d'euros et propose un dividende exceptionnel de 1,5 euro par action, soit 4,2 milliards d'euros, alimentant une stratégie de retour aux actionnaires au détriment d'une redynamisation opérationnelle.
La contraction des activités historiques au cœur du repli
Le chiffre d'affaires consolidé de Bolloré s'établit à 2 926 millions d'euros, marquant une baisse de 7 % en données publiées et de 9 % à périmètre et change constants. Cette contraction affecte l'ensemble du portefeuille : Bolloré Energy, le pilier du groupe, enregistre 2 511 millions d'euros, un recul de 9 % organique malgré une légère progression des volumes vendus. L'activité Industrie, pénalisée par l'absence en 2025 de ventes de bus 12 mètres à la RATP qui avaient soutenu 2024, plonge de 13 % organique à 310 millions d'euros. Le résultat opérationnel ajusté (EBITA) s'effondre à 286 millions d'euros contre 1 285 millions d'euros en 2024, reflétant une normalisation après les opérations cédées de l'année précédente. Seul le pôle Communication, tiré par les mises en équivalence d'UMG, Canal+, Louis Hachette Group, Havas et Vivendi, redresse la tête avec 476 millions d'euros contre 207 millions en 2024.
Le paradoxe de la trésorerie pléthorique face au déclin opérationnel
Alors que l'activité opérationnelle se contracte, le groupe renforce sa position financière : la trésorerie nette consolidée augmente de 313 millions d'euros pour atteindre 5 619 millions d'euros au 31 décembre 2025. Cette accumulation d'espèces traduit l'absence de réinvestissement significatif à la suite des cessions majeures réalisées en 2022 et 2024 (environ 10 milliards d'euros issus de la vente de Bolloré Africa Logistics et Bolloré Logistics). Le bénéfice net part du groupe s'établit à 348 millions d'euros, une chute vertigineuse comparé aux 1 822 millions de 2024, qui intégraient les plus-values exceptionnelles de cession. Cette situation expose un groupe transitoire : d'un côté, un portefeuille de participations valorisé à plus de 10 milliards d'euros en titres cotés (UMG, Canal+, Havas, Vivendi), de l'autre, des activités opérationnelles en déclin. La capitalisation boursière de ce portefeuille s'est d'ailleurs dépréciée de 17 % en seulement deux mois et demi, passant de 10,6 milliards d'euros au 31 décembre 2025 à 8,9 milliards d'euros au 12 mars 2026.
Une stratégie de rétribution massive plutôt que de redéploiement
Face à cette situation, le Conseil d'administration a opté pour une redistribution généralisée aux actionnaires : un dividende ordinaire de 0,08 euro par action (225 millions d'euros) et surtout un dividende exceptionnel de 1,5 euro par action (4,2 milliards d'euros), financé par la trésorerie disponible. Cette décision reflète l'absence de stratégie de réinvestissement substantiel à ce jour. Bolloré disposait de 8 milliards d'euros de disponibilités et lignes confirmées au 31 décembre 2025. Pour les investisseurs, l'enjeu principal demeure double : d'une part, clarifier la vision stratégique du groupe concernant ses activités opérationnelles déclinantes (Energy, Industrie) ; d'autre part, surveiller la trajectoire de son portefeuille de titres cotés, volatile et soumis aux perspectives boursières de ses participations majeures. Le groupe n'a pas modifié la définition de ses indicateurs de performance et maintient une approche prudente en attente de développements réglementaires, notamment sur la question du contrôle de Vivendi.