Arkema : une action sous pression malgré des ambitions de croissance
L'action Arkema affiche une baisse de plus de 20 % sur un an. Un décrochage qui pourrait laisser place à un potentiel rebond, mais attention aux secousses.
Arkema dévisse, mais réorganise ses forces
La correction boursière de l'action Arkema, plus marquée que celle de l’ensemble du secteur chimique (-6 % sur la même période), traduit un double phénomène : une perte d’élan conjoncturelle, sur fond de demande européenne atone et de coûts de production persistants, mais aussi une remise en cause tactique de la trajectoire du groupe. Résultats mitigés, restructurations coûteuses, exécution stratégique incertaine… le titre peine à convaincre. Pourtant, derrière cette défiance se dessine un nouveau cycle industriel, plus sélectif mais potentiellement créateur de valeur.
Un exercice 2024 en demi-teinte, sanctionné par le marché
Le point d’inflexion est venu avec les résultats annuels. Arkema a publié un chiffre d’affaires stable à 9,54 milliards d’euros, et un EBITDA en légère progression à 1,53 milliard d’euros (+2,1 %). Mais sous la ligne, la dégradation pointe : le résultat net baisse de 15,3 %, à 354 millions d’euros. L’entreprise voit sa rentabilité se contracter, avec une marge d’exploitation (EBIT) passée de 10 % à 7 % en un an. Le retour sur capitaux propres (ROE) se dégrade également, atteignant 5 %, contre 10 % en moyenne sur les années précédentes.
Les marchés ont également réagi au volet social. En janvier, la direction a annoncé un plan de restructuration du site de Jarrie, consécutif à la défaillance du fournisseur Vencorex. 154 postes sont concernés, et l’opération pourrait amputer le cash-flow en 2025. Un coût potentiellement significatif pour une entreprise en transition, mais qui s’inscrit dans une volonté claire de recentrer le site sur des segments à forte valeur ajoutée : les peroxydes d’hydrogène et les perchlorates, utilisés notamment dans le recyclage des batteries et les matériaux pour l’aérospatial.
Un repositionnement stratégique ambitieux, mais sous contrainte
Arkema ne cache plus ses ambitions : devenir un acteur de référence des matériaux de spécialité, capables de tirer parti des grandes transitions (mobilité électrique, construction durable, décarbonation). Les matériaux dits « avancés » représentent déjà 45 % du chiffre d’affaires du groupe, et cette part est appelée à croître.
Plusieurs opérations récentes renforcent cette trajectoire. Le rachat de PIAM, spécialiste des films polyimides, ouvre une fenêtre sur les marchés de l’électronique et de la haute performance thermique. Le projet ZEBRA, porté avec plusieurs partenaires européens, explore la fabrication de pales d’éoliennes entièrement recyclables — une promesse industrielle et environnementale forte.
Mais cette montée en gamme ne se fait pas en terrain conquis. La demande européenne est en recul (-3,2 % au quatrième trimestre 2024), les surcapacités pèsent sur les marges dans la chimie de base, et la pression sur les coûts énergétiques reste élevée. Dans ce contexte, l’objectif d’une marge EBITDA de 9 % en 2025 apparaît exigeant, voire optimiste, aux yeux de certains analystes.
Un titre mal orienté mais décoté
L’érosion du cours d’Arkema s’inscrit dans un contexte boursier plus large, mais elle est amplifiée par des facteurs propres. Le consensus des analystes a revu en baisse ses anticipations de bénéfices à moyen terme (-7 % en sept semaines), traduisant un doute sur la dynamique bénéficiaire. La tendance technique du titre est désormais négative, et sa performance relative sur les dernières semaines reste inférieure à celle du STOXX600 (-6,4 %).
Pour autant, l’action n’est pas hors-jeu. D’un point de vue fondamental, la valorisation reste intéressante. Le PER projeté à horizon 2027 s’élève à seulement 7,7 — très en dessous de la moyenne du secteur chimique européen (17,6). Le rendement du dividende, quant à lui, atteint 5,1 %, soit plus du double de la moyenne du secteur (2,2 %). Ce dividende est solidement couvert par les bénéfices prévisionnels, ce qui renforce la visibilité pour les actionnaires.
Autre élément à surveiller : la valeur comptable par action (book value) est supérieure au cours de Bourse. Ce décalage est d’autant plus notable que le ratio valeur comptable/prix atteint aujourd’hui 120 %, bien au-delà de la moyenne historique du titre.