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Alors que Nvidia publie ses résultats trimestriels ce mercredi 19 novembre, le temps est comme suspendu à Wall Street. L'action du géant des semi-conducteurs a perdu plus de 12 % depuis son plus haut d'octobre, reflétant une nervosité croissante sur la viabilité des investissements colossaux consentis à l'IA. Cette publication s'annonce comme un moment charnière pour les marchés américains, confrontés à des doutes persistants sur la rentabilité réelle du secteur technologique.
Les analystes tablent sur un chiffre d'affaires de 54,92 à 55,2 milliards de dollars pour le troisième trimestre, soit une hausse de 56 % en un an. Un bond impressionnant en apparence, mais qui révèle une décélération inquiétante : Nvidia affichait autrefois des croissances à trois chiffres. Le bénéfice par action ajusté devrait atteindre 1,26 dollar, progressant de 55 % annuels. Derrière ces chiffres se cache une réalité moins reluisante. La marge brute ajustée reculerait de deux points à 73,6 %, premier indicateur tangible de la pression croissante sur les structures de coûts. Cette érosion des marges reflète les défis de production auxquels fait face Nvidia : ses puces ne sont pas toujours produites au rythme de la demande, forçant l'entreprise à développer des systèmes plus complexes intégrant processeurs graphiques, unités centrales et solutions de refroidissement. Certes, le carnet de commandes affiche 500 milliards de dollars jusqu'en 2026, une assurance apparente. Mais les investisseurs scruteront surtout la diversification de cette demande. La concentration auprès de quatre hyperscalers—Microsoft, Amazon, Alphabet et Meta—reste une épée de Damoclès. Une base clientèle élargissant vers les gouvernements, les clouds spécialisés en IA ou les secteurs applicatifs réduirait cette vulnérabilité systémique.
Le contexte macro-économique s'est dégradé en quelques jours. L'espoir de baisses de taux aux États-Unis s'est refroidi, tandis que les rapports économiques restent biaisés par une récente fermeture gouvernementale. Le secteur technologique traverse l'une de ses semaines les plus difficiles en années. Le S&P 500 a perdu 2,5 % depuis le début novembre, tandis que l'indice Nasdaq cédait 1,45 % à la veille des résultats. Ce pessimisme revêt une dimension structurelle. Michael Burry, figure emblématique du film « The Big Short », alerte sur un risque majeur : les entreprises du cloud et de l'IA gonfleraient artificiellement leurs bénéfices en étirant les durées d'amortissement de leur matériel. Son estimation ? Environ 176 milliards de dollars de bénéfices pourraient être surestimés entre 2026 et 2028 si les entreprises étalent les dépenses sur cinq à six ans alors que les puces haut de gamme ne conservent une utilité économique que deux à trois ans. Nvidia elle-même n'amortit pas, mais reste au cœur de ce cycle de dépréciation accélérée. Ses lancements rapides—Blackwell aujourd'hui, Rubin demain, Feynman à l'horizon—rendent les générations précédentes obsolètes, questionnant la légitimité des durées d'amortissement longues appliquées dans l'écosystème. Si Nvidia accompagne ses résultats de perspectives prudentes, le mot « bulle IA » percera rapidement le silence des salles de marché.
Les options de marché anticipent un mouvement de 6 % après la publication. Un chiffre révélateur de l'incertitude des investisseurs professionnels. Nvidia a souvent surpris positivement ces derniers trimestres, provoquant des rebonds temporaires avant des reculs ultérieurs. Cette fois, les investisseurs exigent davantage que des gros titres : des preuves concrètes que l'euphorie se transforme en création de valeur durable. Plusieurs signaux retiennent l'attention. D'abord, les exemples concrets d'applications IA opérationnelles dans la santé, la finance ou l'industrie. Le déploiement réel de systèmes basés sur les puces Nvidia, au-delà des phases de test, sera scruté comme jamais. Ensuite, la clarté apportée par Jensen Huang, le directeur général, sur qui finance réellement ces investissements colossaux. OpenAI évoque 1,4 trillion de dollars d'investissements dans les centres de données sur huit ans, auxquels Nvidia prévoit d'injecter jusqu'à 100 milliards pour construire au moins 10 gigawatts de capacité IA. Or, la logique économique de ces montages reste opaque pour les marchés. Enfin, la réaction elle-même sera significative. Une faible volatilité malgré de bons résultats signalerait que les investisseurs ont déjà intégré l'essentiel du scénario dans les cours. Le positionnement des portefeuilles révèlerait alors que le consensus de marché s'est fragmenté, signal classique de fragilité. Cette conférence téléphonique ressemble davantage à un référendum sur le bien-fondé d'une vague d'investissements IA de plusieurs milliers de milliards de dollars qu'à un simple appel de résultats trimestriels.