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L'année 2025 s'est révélée particulièrement éprouvante pour Pernod Ricard. Alors que le CAC 40 a progressé de +10,4 % sur l'année, le titre du groupe de spiritueux a enregistré une baisse d'environ 32 %, figurant parmi les plus fortes sous-performances de l'indice parisien. Ce décrochage boursier reflète moins un accident isolé qu'une combinaison de facteurs macroéconomiques, sectoriels et géographiques défavorables, dans un environnement où l'industrie mondiale des spiritueux traverse une phase de normalisation après les excès post-Covid.
L’année 2025 restera comme un exercice de rupture pour Pernod Ricard. Début janvier 2026, l’action du deuxième acteur mondial des vins et spiritueux évolue autour de 72,9 euros, affichant une baisse de près de 33 % sur un an et un repli avoisinant 34 % sur l’ensemble de l’année civile 2025, dans un marché parisien pourtant en hausse. Cette contre-performance ne résulte ni d’un accident ponctuel ni d’un décrochage tardif, mais d’une dégradation progressive et continue de la perception du risque par les investisseurs, engagée dès le début de l’année.Après avoir évolué au-dessus de 108 euros début janvier 2025, le titre a rapidement amorcé une trajectoire baissière. Les replis observés au premier trimestre ont été suivis de rebonds techniques de courte durée, sans jamais permettre au cours de reconstruire des sommets. Cette succession de sommets descendants a progressivement installé une tendance négative durable. La baisse observée à l’automne ne constitue ainsi pas un point de rupture, mais l’aboutissement logique d’un mouvement enclenché plusieurs mois plus tôt, traduisant une réévaluation graduelle du dossier par le marché.Des fondamentaux fragilisés sur les marchés clésSur le plan fondamental, cette évolution boursière s’est nourrie d’une dégradation visible de l’activité sur les marchés clés. Sur l’exercice 2024/2025, Pernod Ricard a publié un chiffre d’affaires annuel de 10,95 milliards d’euros, en baisse de 3 % en organique et de 5,5 % en données publiées. Cette contraction intègre un impact de change négatif de 277 millions d’euros, principalement lié à la livre turque, au peso argentin et à la roupie indienne. La structure de la baisse a particulièrement inquiété les investisseurs : les ventes ont chuté de 21 % en Chine, pénalisées par un environnement macroéconomique difficile et un moral des consommateurs durablement affaibli, tandis que les États-Unis ont enregistré un recul de 6 %, dans un contexte de consommation plus contrainte et d’ajustements de stocks chez les distributeurs.
La situation s’est encore détériorée au début de l’exercice 2025/2026. Sur le premier trimestre, les ventes ont reculé de 7,6 % en organique et de 14,3 % en données publiées. Le ralentissement est particulièrement marqué en Chine, avec une chute de 27 %, et aux États-Unis, où l’activité recule de 16 %. Dans les deux cas, la faiblesse de la demande finale a été amplifiée par des ajustements de stocks, confirmant que la normalisation des marchés n’est pas achevée. À ces éléments s’ajoutent un effet de change négatif de 143 millions d’euros, principalement imputable au dollar américain, à la roupie indienne et à la lire turque, ainsi qu’un impact de périmètre négatif de 54 millions d’euros, lié notamment aux cessions d’activités vins.Le facteur déclencheur : l’escalade commerciale avec la ChineAu-delà des chiffres, un facteur exogène a joué un rôle central dans la dégradation boursière du titre : le conflit commercial entre la Chine et l’Union européenne. Dès le début de l’année 2025, lorsque les mesures de rétorsion chinoises sont passées du stade de menace à celui de réalité réglementaire, l’action Pernod Ricard a immédiatement décroché. À chaque confirmation par le ministère chinois du Commerce de l’application de droits de douane punitifs, le titre a enregistré plusieurs séances de forte baisse, illustrant la sensibilité extrême du marché à cet enjeu.Martell en première ligne face au risque douanierLes droits de douane envisagés, fixés à 30,6 % pour le cognac Martell, ont cristallisé les inquiétudes. Martell, marque emblématique du groupe, a été doublement pénalisée par la baisse de la demande et par la suspension des importations de cognac dans le circuit duty free chinois à partir de décembre 2024. Cette situation a fortement pesé sur la visibilité du groupe en Chine et dans le Global Travel Retail, où l’activité s’est nettement contractée.
En juillet 2025, Pernod Ricard a toutefois annoncé avoir trouvé un accord avec les autorités chinoises à l’issue de l’enquête anti-dumping menée par le ministère chinois du Commerce. Le groupe a indiqué avoir conclu un engagement de prix minimum, qualifié de Price Undertaking, lui permettant d’éviter l’application effective de la taxe de 30,6 % en échange du maintien d’un prix de vente plancher sur l’ensemble du territoire chinois. Les autorités chinoises avaient estimé que les producteurs européens de cognac vendaient leurs produits à des prix inférieurs à leur valeur normale, causant un préjudice substantiel à l’industrie locale. Pernod Ricard a précisé que cet accord ne constituait en aucun cas une reconnaissance de pratiques de dumping. Cet apaisement réglementaire reste néanmoins conditionnel, la Chine se réservant le droit de réactiver les droits de douane en cas de non-respect des engagements, ce qui continue de peser sur la perception du risque.
Parallèlement, le groupe a multiplié les ajustements stratégiques tout au long de l’année. La cession de la division Imperial Blue en Inde en juillet 2025 s’inscrit dans une logique de premiumisation du portefeuille. L’émission obligataire d’un milliard d’euros à l’automne a renforcé la liquidité dans un contexte de marchés de taux plus exigeants. La proposition de nomination de deux nouveaux administrateurs indépendants a marqué une volonté de renforcer la gouvernance, tandis que la cession des activités de vins effervescents Mumm aux États-Unis en décembre poursuit le recentrage sur les spiritueux et champagnes à plus forte valeur ajoutée. Ces décisions ont été perçues comme des mesures de discipline financière et stratégique, sans toutefois constituer des catalyseurs boursiers immédiats.
Pour l’exercice 2025/2026, la direction adopte un discours volontairement prudent. Pernod Ricard qualifie l’année en cours d’année de transition, anticipant une amélioration progressive des tendances de chiffre d’affaires organique au second semestre. Le groupe vise à préserver autant que possible sa marge opérationnelle organique grâce à un strict contrôle des coûts et à l’exécution de son programme d’efficacités opérationnelles 2026-2029, doté d’un budget de 1 milliard d’euros. Il entend également maintenir une forte génération de cash, avec des investissements stratégiques inférieurs à 900 millions d’euros, une optimisation du besoin en fonds de roulement et une amélioration de la conversion de trésorerie par rapport à l’exercice précédent. Une valorisation sous pression, un marché encore dans l’attente En Bourse, le consensus reste marqué par l’attentisme. L’objectif de cours moyen se situe autour de 86 euros, soit un potentiel théorique proche de 19 %, davantage interprété comme un scénario de stabilisation que comme un pari sur un rebond rapide. Le maintien d’un dividende de 4,70 euros par action, offrant un rendement proche de 6,5 %, constitue l’un des rares points d’ancrage pour les investisseurs de long terme, dans un dossier où la confiance devra être regagnée progressivement. Le parcours boursier de Pernod Ricard en 2025 n’a pas été l’année d’un accident isolé, mais celle d’une réévaluation profonde. Le marché a cessé de traiter l'action comme une valeur défensive de croissance structurelle pour l’appréhender comme un groupe exposé à un cycle plus long, plus heurté et fortement dépendant de l’évolution de ses marchés clés, au premier rang desquels la Chine. L’année 2026 s’ouvre ainsi comme une année de confirmation, où seule une amélioration tangible des chiffres et de la visibilité réglementaire permettra d’enrayer une tendance baissière installée depuis plus de douze mois.
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre purement indicatif et ne constituent en aucun cas une recommandation d’investissement, une incitation à acheter ou vendre un actif financier, ni un conseil en placement. Le lecteur est invité à réaliser ses propres recherches avant toute décision. Les investissements en bourse comportent des risques, notamment de perte en capital. La performance passée d’un actif ou d’un marché ne présage en rien de ses performances futures. Toute décision d’investissement doit être prise en tenant compte de votre situation financière personnelle, de vos objectifs et de votre tolérance au risque.