Action Safran : +41% en 2025, une année exceptionnelle malgré le choc tarifaire d'avril
L'équipementier aéronautique signe une performance annuelle de 40,22%, triplant celle du CAC 40 (+10,42%). Une surperformance remarquable obtenue malgré une chute brutale de près de 18% en quatre jours début avril, liée aux tensions commerciales américaines. Le titre clôture à 297,40 euros, porté par des résultats 2024 records et une guidance 2025 relevée.
Un parcours en deux temps : l'embellie, puis la tempête d'avril
L'année boursière de Safran s'est jouée en deux actes bien distincts. Les premiers mois de 2025 ont vu l'action progresser régulièrement, portée par l'enthousiasme des marchés et la solidité des fondamentaux du groupe. Mais c'est entre le 2 et le 7 avril que tout a basculé : le titre a perdu 17,64% en à peine quatre jours, passant de 244,40 euros à 201,30 euros. Cette chute s'est inscrite dans un mouvement sectoriel brutal, déclenché par l'annonce des droits de douane américains et des inquiétudes sur la chaîne d'approvisionnement aéronautique. Howmet Aerospace, fournisseur stratégique de pièces pour l'industrie, évoquait à l'époque la possibilité d'interrompre certaines livraisons touchées par les tarifs douaniers. Une correction de près de 8% avait déjà été enregistrée quelques semaines plus tôt, début mars, témoignant d'une nervosité croissante du marché. La reprise s'est ensuite amorcée fin avril, mais le titre a mis plusieurs mois avant de retrouver ses plus hauts. Cette volatilité n'a toutefois pas empêché Safran d'afficher, sur l'ensemble de l'année, une surperformance de près de 30 points face au CAC 40.
Des résultats 2024 records qui rassurent sur la trajectoire
La performance boursière de Safran s'appuie sur des fondamentaux solides. En février 2025, le groupe a publié des résultats annuels 2024 historiques : un chiffre d'affaires de 27,32 milliards d'euros en hausse de 17,8%, un résultat opérationnel courant ajusté de 4,12 milliards (+30,1%), et un cash-flow libre de 3,19 milliards, supérieur au consensus. La marge opérationnelle a atteint 15,1%, en progression de 150 points de base, portée par l'activité après-vente civile et le retour à la rentabilité de la division Intérieurs d'Avions. Fait notable : Safran a commencé à reconnaître des bénéfices sur les contrats LEAP-1A dès 2025, après plusieurs années sans reconnaissance de marge.
Pour 2025, la guidance a été relevée : le groupe vise désormais un résultat opérationnel courant entre 4,8 et 4,9 milliards d'euros (contre 4,7 à 4,8 milliards initialement) et un cash-flow libre de 3 à 3,2 milliards, en hausse par rapport aux 2,8 à 3 milliards anticipés. La croissance du chiffre d'affaires est attendue autour de 10%, soutenue par une hausse de 15 à 20% des livraisons de moteurs LEAP. Ces perspectives, bien que révisées positivement, restent exposées aux aléas de la chaîne d'approvisionnement et à l'impact tarifaire estimé entre 100 et 150 millions d'euros en 2025.
2026 : entre soutiens structurels et prudence sur la valorisation
Le consensus des analystes traduit un optimisme mesuré. Avec un objectif moyen autour de 330 euros, le potentiel de hausse s'établit à près de 12% par rapport au cours de clôture de 297,40 euros. Cette cible reflète la confiance dans le modèle économique de Safran, adossé à des revenus récurrents d'après-vente et à une demande soutenue dans l'aéronautique civile et la défense.
Les leviers de croissance pour 2026 incluent la montée en puissance des services (avec une dynamique particulièrement forte sur les pièces de rechange CFM56), l'intégration progressive des activités d'actionnement et de commandes de vol acquises auprès de Collins Aerospace, et le développement de nouvelles capacités MRO en Asie. Le groupe bénéficie également d'un plan de rachat d'actions de 5 milliards d'euros entre 2025 et 2028, témoignant de sa solidité financière.
Toutefois, plusieurs zones d'ombre subsistent : les retards persistants dans la livraison des moteurs LEAP, la pression sur les coûts liés à l'inflation résiduelle et aux investissements industriels, ainsi que l'incertitude tarifaire américaine. La valorisation, jugée premium par certains observateurs, pourrait limiter l'appétit des investisseurs sensibles aux multiples. En somme, Safran aborde 2026 avec des fondamentaux robustes et une visibilité accrue, mais dans un environnement qui exige vigilance sur l'exécution opérationnelle et les équilibres géopolitiques.