SpaceX vaut 2 000 milliards en bourse mais perd de l'argent : faut-il investir ?
Le 12 juin 2026, SpaceX a réalisé la plus grosse introduction en Bourse de l'histoire : 75 milliards de dollars levés, près de 2 100 milliards de capitalisation. Une performance spectaculaire pour une entreprise qui a perdu près de 5 milliards l'an dernier. Et son anticipation avait déjà enflammé deux opérateurs satellite européens, avant de les laisser retomber dès la cotation. Récit d'un écart entre le prix et la valeur.
Un record bâti sur une promesse
À 135 dollars l'action, SpaceX s'est offert un démarrage de légende sur le Nasdaq : +19 % le premier jour pour clôturer à 160,95 dollars, un pic à plus de 225 dollars le 16 juin, et plus de 500 millions de titres échangés. Il s'agit du deuxième plus gros volume d'introduction de l'histoire du Nasdaq, derrière Facebook en 2012, selon CNBC.
Quelques jours plus tard, le titre évolue autour de 185 dollars. À ce niveau, la capitalisation ressort plutôt au-delà de 2 400 milliards de dollars, en appliquant le nombre d’actions post-offre indiqué dans le prospectus.
Où est la vraie valeur ? Un mot : Starlink
Le paradoxe saute aux yeux dès qu'on regarde les comptes. Sur l'exercice 2025, SpaceX affiche 18,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires (+33 %) mais une perte nette de 4,94 milliards, alourdie par l'intégration de la société d'intelligence artificielle xAI. Au prix d'introduction, l'entreprise se payait déjà près de cent fois son chiffre d'affaires quand un opérateur télécom mûr se traite autour d'une à deux fois ses ventes.
La vraie machine à cash tient en un nom : Starlink. La connectivité par satellite a généré 11,4 milliards de dollars (61 % du total, 69 % au premier trimestre 2026) et a été la seule division bénéficiaire du groupe (+4,42 milliards). Les lanceurs ont perdu 657 millions, xAI 6,35 milliards. Les fusées font rêver ; c'est l'abonnement internet qui paie.
L'engouement déborde sur les satellitaires européens
C'est là que l'épisode devient instructif pour l'investisseur. Le mouvement le plus spectaculaire n'a pas eu lieu après l'introduction, mais dans les semaines qui l'ont précédée. Porté par la seule anticipation de l'événement, Eutelsat a bondi jusqu'à 41 % en une semaine à la mi-mai, plus que doublant depuis le début de l'année et distançant largement le secteur télécom européen, rapportait Bloomberg. Le titre est monté jusqu'à environ 3 euros, soit plus de 20 % au-dessus de l'objectif moyen des analystes situé autour de 2,4 euros.
SES, son homologue luxembourgeois, a connu la même montagne russe : monté jusqu'à plus de 9 euros début juin (son plus haut de l'année) avant de refluer lui aussi. Puis, à mesure que la cotation approchait, l'euphorie est partout retombée : le jour même de l'introduction, le 12 juin, les deux titres avaient déjà décroché, et le lendemain l'ensemble du secteur satellite reculait, les investisseurs préférant se reporter sur la nouvelle venue. Eutelsat est revenu à 2,42 euros et SES autour de 7,2 euros, soit, pour l'un comme pour l'autre, un simple aller-retour. Un cas d'école d'« acheter la rumeur, vendre la nouvelle ».
Ce que disent vraiment les chiffres
Eutelsat reste déficitaire, tandis que SES affiche en 2025 un résultat net part du groupe négatif, malgré un bénéfice net ajusté positif. On ne les juge donc pas sur un flux de profits, mais sur leurs actifs (satellites, positions orbitales, fréquences) et leur valeur stratégique.
Plus parlant encore : sur Eutelsat, les objectifs des dix analystes répertoriés qui suivent la valeur s'étalent de 1,40 à 5,22 euros, soit du simple au triple et demi. Quand les professionnels divergent à ce point, c'est que le titre oscille entre deux scénarios opposés : la dilution d'un côté, le redressement de l'autre. Sur SES, le consensus est plus resserré, autour de 8,5 euros pour un cours de 7,2 euros.
Prix et valeur ne sont pas la même chose
L'épisode SpaceX a offert un cas d'école. Une vague d'engouement, née de la seule anticipation de l'introduction, a poussé Eutelsat plus de 25 % au-dessus de l'objectif des analystes en quelques séances de mai, avant que le marché ne le ramène à son point de départ une fois l'événement passé. Le prix avait suivi un récit ; la valeur, elle, n'avait pas bougé d'un centime. SpaceX elle-même est ensuite redescendue de 225 à 185 dollars en moins d'une semaine.
La morale est ancienne mais rarement aussi visible : distinguer le prix de la valeur n'est jamais aussi utile que les jours d'euphorie.
Cet article est d'information générale et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Alors faut-il investir ? La vraie question n'est pas de deviner si SpaceX ou les satellitaires européens monteront demain, mais de ne jamais confondre l'enthousiasme d'un récit avec la valeur d'une entreprise. Et de toujours se demander, avant d'acheter, ce que l'on paie réellement.