Thales en recul après des résultats records : les raisons d'un paradoxe boursier
Le titre reste néanmoins à un niveau élevé, porté par un secteur de la défense en surchauffe.
Des résultats 2024 exceptionnels mais une profit-taking inévitable
Le repli de 4,25 % à 236,70 € masque une performance annuelle hors normes : chiffre d'affaires en hausse de 11,7% à 20,6 Md€, EBIT ajusté à +13,4% et free cash-flow stable à 2,027 Md€. Le titre avait bondi de 16% le 3 mars puis de 7,6% le 5 mars après ces publications, atteignant un pic à 250€ en séance. Mais les investisseurs ont commencé à réaliser leurs plus-values face à un PER 2025 à 20x, niveau élevé même pour le secteur. La capitalisation boursière reste à 48,75 Md€, en phase avec les 50,6 Md€ de commandes en portefeuille. L'écart entre cours d'ouverture (249,8€) et clôture (236,7€) traduit une défiance sur la soutenabilité de la valorisation, malgré des prévisions 2025 optimistes (+6% de croissance organique visée).
Facteurs macroéconomiques et fiscalité française : un cocktail détonant
Le contexte réglementaire français pèse : la réforme fiscale 2025 entraîne une charge supplémentaire de 80M€ pour Thales, portant le taux d'imposition effectif à 36,13% contre 25,83% auparavant. Cette annonce a coïncidé avec un revirement du CAC40 (-0,94% à 8 120 points), pénalisé par les craintes inflationnistes et la remontée des taux obligataires européens. Le secteur de la défense subit aussi un arbitrage sectoriel après son sursaut récent : l'indice STOXX Europe Aerospace & Defence recule de 2,1% sur la semaine. Paradoxalement, le succès du lancement du satellite militaire CSO-3 par Ariane 6 n'a pas suffi à enrayer la tendance, signe que les bonnes nouvelles étaient déjà intégrées dans les cours.
Perspectives 2025 : entre visibilité opérationnelle et incertitudes stratégiques
Thales table sur une croissance organique de 5 à 6% en 2025, soutenue par un carnet de commandes record (50,6 Md€) et des budgets militaires en hausse en Europe. Les analystes soulignent le potentiel du segment Cyber & Digital (+8% de CA en 2024) et la montée en puissance d'Imperva. Cependant, les prévisions de marge EBIT ajustée (12,2-12,4%) paraissent modestes au regard des investissements requis (+700M€ prévus en 2025). La stratégie de rachats d'actions (8M€ impactés par la fiscalité) et les tensions sociales internes pourraient aussi limiter la marge de manuvre. Malgré un rendement dividende attractif (1,53% en 2025), les investisseurs semblent attendre un ancrage autour de 230€ avant de réengager massivement.