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Le marché boursier américain a conclu une séance chargée d'enjeux mercredi 12 novembre, offrant un tableau contrasté des priorités des investisseurs au lendemain de la signature par le président Donald Trump de la loi mettant fin au plus long shutdown gouvernemental de l'histoire américaine. Le Dow Jones Industrial Average s'est hissé de 0,68% à 48 254,82 points, établissant une nouvelle clôture record, tandis que le S&P 500 s'est contenté d'une progression anémique de 0,06% à 6 850,92 points et le Nasdaq Composite s'est replié de 0,26%. Cette divergence des performances révèle une mutation profonde du sentiment des marchés, avec les investisseurs opérant une rotation stratégique hors des valeurs technologiques survaluées vers les secteurs cycliques et défensifs, dans un contexte où les inquiétudes concernant la durabilité des investissements massifs en intelligence artificielle se conjuguent à l'optimisme suscité par la résolution de l'impasse budgétaire fédérale.
Le secteur des semi-conducteurs a enregistré des performances contrastées, dominé par la spectaculaire progression d'Advanced Micro Devices, qui s'est adjugée 9% à 258,89 dollars après avoir présenté mercredi des objectifs financiers particulièrement ambitieux lors de sa journée investisseurs. Le fabricant californien vise désormais une croissance annuelle composée de 35% de son chiffre d'affaires sur les trois à cinq prochaines années, avec des revenus de centres de données progressant de plus de 60% annuellement. Ces prévisions ont largement dépassé les attentes du marché, d'autant que le groupe prévoit un bénéfice par action supérieur à 20 dollars d'ici à 2030, contre seulement 3,31 dollars en 2024. La direction a notamment souligné que ses puces Instinct AI sont désormais déployées chez sept des dix plus grandes entreprises mondiales d'intelligence artificielle, tandis que ses processeurs EPYC représentent environ 40% du marché mondial des processeurs serveurs. Cette trajectoire de croissance s'inscrit dans la prolongation des récents partenariats stratégiques du groupe, notamment son accord majeur avec OpenAI signé début octobre pour fournir des accélérateurs IA de nouvelle génération. Les analystes de JPMorgan ont qualifié ces objectifs de particulièrement agressifs mais plausibles, reconnaissant qu'AMD dispose d'un portefeuille technologique robuste capable de rivaliser avec Nvidia, le géant incontesté du secteur. D'autres valeurs du secteur des semiconducteurs ont progressé plus modestement, comme Analog Devices (+3,44%), confirmant la préférence des investisseurs pour les acteurs diversifiés possédant une forte exposition à l'économie des données.
La branche aéronautique commerciale a enregistré un rattrapage notable jeudi, avec United Airlines s'envolant de 5,29% à 99,97 dollars, Delta Air Lines progressant de 4,75% à 60,48 dollars et Southwest Airlines gagnant 4,22% à 33,34 dollars. Cette euphorie reflète le soulagement du secteur face à la signature par le président Trump de la loi finançant les agences gouvernementales jusqu'à fin janvier, mettant fin à la paralysie qui depuis le 1er octobre s'était traduite par des réductions de vols atteignant progressivement 10% et des milliers d'annulations quotidiennes. Les compagnies aériennes, qui avaient souffert toute l'année avec des baisses comprises entre 2,7% et 34%, entrevoient une normalisation progressive du trafic, bien que la Maison Blanche ait indiqué que la publication de certaines données économiques cruciales, notamment les chiffres de l'emploi et de l'inflation d'octobre, pourraient ne jamais voir le jour en raison de la disruption administrative prolongée. À l'inverse, le secteur pétrolier a enregistré des pertes significatives, avec Schlumberger cédant 4,09% et Halliburton reculant de 4,03%, victime de la publication par l'OPEP d'un rapport signalant une hausse supplémentaire de la production de 137 000 barils par jour à partir de novembre. Cette décision, qui s'inscrit dans la stratégie de l'OPEP+ visant à reconquérir des parts de marché face à la production croissante américaine, brésilienne et guyanienne, a plombé les perspectives de demande et maintenu le baril de Brent autour de 62 dollars, son plus bas niveau depuis plusieurs mois.
Le comportement du marché jeudi révèle une réévaluation stratégique des risques, avec les investisseurs battant en retraite face aux valorisations exorbitantes du secteur technologique. Oracle a cédé 3,88%, Palantir Technologies 3,56%, tandis que Meta Platforms a reculé de 2,88% et Amazon de 1,97%, confirmant la poursuite de la correction initiée début novembre lorsque la valeur boursière cumulée de huit grandes valeurs de l'IA avait enregistré une destruction de 800 milliards de dollars. Cette prudence se conjugue à des inquiétudes macroéconomiques croissantes : l'indice de confiance des consommateurs de l'Université du Michigan s'est effondré à 50,3 en novembre, marquant le deuxième plus bas niveau jamais enregistré, tandis que les employeurs privés américains n'ont créé que 42 000 emplois en octobre selon les données ADP, révélant un marché du travail fragile. La majorité des flux s'est réorientée vers les secteurs défensifs et cycliques : UnitedHealth Group a progressé de 3,55% après avoir relevé ses prévisions de bénéfice annuel, Goldman Sachs a gagné 3,54%, et les compagnies d'énergie renouvelable comme NRG Energy se sont appréciées de 3,68%. Cette configuration suggère que les investisseurs anticipent à la fois une baisse des taux de la Réserve fédérale en décembre et une normalisation progressive de l'activité économique suite à la fin du shutdown, tout en demeurant prudents face aux risques pesant sur la rentabilité des investissements colossaux consentis par les géants technologiques dans l'infrastructure d'intelligence artificielle.