ISR : le désamour au pire moment pour la finance durable
L'investissement socialement responsable (ISR) connaît une crise de confiance malgré l'urgence climatique, avec des sous-performances et des accusations de greenwashing.
De l’euphorie à la désillusion
En quelques années, l’Investissement Socialement Responsable (ISR) est passé du statut de « nouvelle frontière » de la finance à celui de stratégie contestée. Entre 2019 et 2020, il était partout : multiplication des labels, communication effervescente des gérants et afflux massif de capitaux. Mais cette abondance a fini par créer une véritable « fatigue ISR », entre saturation médiatique et confusion des critères.
Les marchés ont ensuite rattrapé l’enthousiasme initial. L’inflation de 2021 a provoqué la sous-performance des valeurs de croissance, largement représentées dans les portefeuilles ISR. En 2022, la guerre en Ukraine a remis au premier plan l’énergie fossile et l’armement, deux secteurs peu présents dans les fonds responsables. Puis en 2023-2024, la domination écrasante des « Magnificent Seven » de la tech a accentué le décalage : ces entreprises, parfois critiquées pour leurs pratiques sociales ou de gouvernance, sont structurellement sous-pondérées dans la plupart des portefeuilles ISR.
Résultat : plusieurs années de sous-performance relative, qui ont sapé la confiance des investisseurs. À cela s’ajoutent les accusations de greenwashing, les départs de grandes institutions de coalitions climatiques, et la récupération politique du sujet, notamment par Donald Trump, qui en a fait une cible privilégiée.
Un outil de gestion des risques plus que de conviction morale
Ce désintérêt intervient pourtant au moment le plus critique. Les événements climatiques extrêmes, devenus annuels, démontrent que le risque climatique n’est plus théorique. Ignorer aujourd’hui les critères ESG, c’est prendre un risque financier majeur pour demain : amendes, crises de réputation, incapacité à s’adapter à la transition énergétique.
Pour Sanso Longchamp Asset Management, l’ISR n’est pas une mode mais un outil de gestion des risques, comparable à une couverture de change ou à une analyse crédit. Les cycles de marché peuvent temporairement pénaliser les portefeuilles responsables, mais à long terme, intégrer les critères ESG revient à identifier les entreprises capables de résister aux chocs réglementaires, environnementaux ou sociaux.
Renoncer à l’ISR, c’est accepter de financer aveuglément des modèles économiques destructeurs de valeur à long terme. La finance oriente les capitaux : elle décide quels projets naissent, quelles technologies émergent et quelles entreprises prospèrent. À ce titre, l’ISR ne peut plus être réduit à une option morale ou à une vitrine marketing. Il constitue un impératif stratégique, au service de la performance durable.