BioMérieux : croissance à peine positive au S1, objectifs 2027-2028 abaissés
Les résultats du premier semestre 2026 de bioMérieux révèlent une situation contrastée : tandis que les quatre piliers du plan stratégique GO-28 progressent de 6 % en croissance organique, les panels respiratoires Biofire plongent de 17 % en raison d'une épidémiologie respiratoire anormalement faible. Cette divergence a réduit la croissance globale du chiffre d'affaires à quasi-zéro (+0,2 % à 1 965 millions d'euros). En parallèle, le groupe a révisé à la baisse ses perspectives pour 2027-2028, remplaçant un objectif antérieur de taux de croissance annuel moyen 2024/2028 de 7 % par une fourchette de 3 % à 6 % de croissance annuelle, justifiant cet ajustement par l'environnement macroéconomique et géopolitique.
Croissance quasi-plate au premier semestre, dynamique restaurée au deuxième trimestre
Le chiffre d'affaires du premier semestre 2026 s'est établi à 1 965 millions d'euros, enregistrant une croissance organique de 0,2 % seulement. Derrière cette stagnation apparente, le deuxième trimestre a livré un signal plus positif : 981 millions d'euros, soit une progression organique de 5 %, qui atteint 7 % en excluant les ventes des panels respiratoires Biofire.
Le résultat opérationnel courant contributif recule de 4,9 % en organique à 313 millions d'euros, impacté par un effet de change défavorable de 35 millions d'euros. Le résultat net part du groupe affiche une hausse de 41 % à 226 millions d'euros, mais ce rebond reflète largement un effet de base : le premier semestre 2025 avait été pénalisé par une dépréciation partielle de la technologie Vitek Reveal. Le résultat net dilué ajusté par action, indicateur plus fiable, recule de 4 % à données comparables (1,99 euro).
La génération de trésorerie libre progresse de 76 % à 299 millions d'euros, signe d'une meilleure maîtrise de la rentabilité opérationnelle malgré les turbulences commerciales.
Les moteurs stratégiques compensent partiellement l'effondrement des panels respiratoires
Les quatre moteurs du plan GO-28 enregistrent une croissance organique de 6 % au semestre. La microbiologie progresse de 4,3 %, portée par la forte dynamique des réactifs Bact/Alert. Spotfire, plate-forme diagnostique clé, atteint 90 millions d'euros de ventes avec une progression remarquable de 35 % sur les réactifs, malgré une activité épidémiologique respiratoire moins soutenue. Les panels non respiratoires Biofire accélèrent de 5,5 %, avec une accélération au deuxième trimestre. Les applications industrielles progressent de 7 %.
En contraste frappant, les panels respiratoires Biofire s'effondrent de 17 % en croissance organique au premier semestre, conséquence directe d'une épidémiologie respiratoire « significativement plus faible » que celle du même semestre 2025. Le deuxième trimestre laisse entrevoir une stabilisation : les ventes de Spotfire réactifs (+35 %) et l'accélération des panels non-respiratoires (+5,5 % en semestre avec rebond Q2) suggèrent que l'activité reprend ailleurs quand les respiratoires s'amenuisent.
Cette bifurcation pose une question structurelle : la dépendance aux cycles épidémiologiques respiratoires peut-elle être compensée par une diversification du portefeuille suffisamment rapide ?
Guidance 2026 confirmée, perspectives 2027-2028 réduites d'un tiers
Sur la base de la reprise du deuxième trimestre, bioMérieux confirme sa guidance pour 2026 : une croissance organique du chiffre d'affaires comprise entre 3 % et 5 %, avec une croissance organique du CEBIT entre 0 % et 10 %. L'impact prévu des changes sur le CEBIT 2026 s'améliore légèrement, estimé à -40 à -50 millions d'euros au lieu de -50 à -60 millions auparavant.
Cependant, le groupe procède à un ajustement significatif de ses perspectives à moyen terme. Pour les exercices 2027 et 2028, bioMérieux vise désormais une croissance organique annuelle du chiffre d'affaires comprise entre 3 % et 6 % (contre une croissance annuelle cumulée de 7 % précédemment annoncée), ainsi qu'une croissance organique du CEBIT supérieure à celle du chiffre d'affaires (abandonnant l'objectif antérieur de « au moins 10 % »). Pierre Boulud, directeur général, attribue cet ajustement à « l'évolution de l'environnement géopolitique et macroéconomique depuis 2024 ».
L'enjeu pour les investisseurs demeure la capacité du groupe à générer une croissance soutenable au-delà des cycles respiratoires, tout en faisant face à des vents contraires macroéconomiques qui justifient une prudence accrue sur le moyen terme.