Action Carrefour : un rendement attrayant mais une dynamique incertaine
Une performance 2024 en demi-teinte, dominée par la France
En 2024, Carrefour a réalisé un chiffre d'affaires de 94,55 milliards d'euros TTC, en légère hausse de 0,4 % à changes courants, mais tiré par des effets techniques (acquisitions, expansion). Le chiffre d'affaires comparable (LFL) est en hausse de +9,9 %, notamment grâce à la bonne tenue de l’Amérique latine (+25,6 %).
Malgré cela, les résultats se sont contractés : le résultat opérationnel courant (ROC) est en repli de 2,2 % à 2,21 milliards d'euros, le résultat net ajusté chute de 11 % à 1,08 milliard d'euros. Seule la France tire son épingle du jeu avec un ROC en hausse de 5,5 %, à 1,04 milliard d'euros, porté par une maîtrise des coûts et des gains de parts de marché, malgré une baisse des ventes de 2,3 % en comparable sur l’année.
En revanche, l’Europe hors France souffre avec un ROC en recul de 34 %, à 397 M€, pâtissant d’une guerre des prix et d’une demande molle.
L’Amérique latine confirme son rôle de relais de croissance, avec un ROC en hausse de +15 % à changes courants, grâce notamment à la rentabilité du format Atacadão au Brésil et à la contribution record de l’Argentine, malgré un contexte économique très dégradé.
Une génération de cash encore solide mais sous pression
Le cash-flow libre net atteint 1,46 milliard d'euros, en recul de 165 M€ par rapport à 2023, impacté notamment par l’hyperinflation argentine et une hausse de la fiscalité effective. Cette performance reste toutefois alignée avec la trajectoire pluriannuelle du plan Carrefour 2026 (>1,7 Md€ à terme).
La dette nette augmente significativement à 3,78 milliards d'euros (+1,2 Md€), principalement en raison de l’acquisition des enseignes Cora et Match. Le bilan reste cependant jugé solide par les analystes. A noter : en 2024, Carrefour a également racheté pour 700 M€ de ses propres actions, poursuivant une politique de retour aux actionnaires ambitieuse.
Un dividende généreux et attractif dans le secteur
Le dividende ordinaire est relevé à 0,92 euro par action (+6 %), complété par un dividende exceptionnel de 0,23 euro, soit un rendement total de 8,87 % au cours du 25 mars 2025.
Ce rendement se distingue nettement dans le secteur, où la moyenne se situe autour de 3,3 %. Il est couvert à hauteur de 55,5 % par le résultat ajusté, laissant une marge de sécurité raisonnable.
Carrefour 2026 : des relais stratégiques clairs, mais un besoin de preuves
Le groupe affiche sa confiance pour 2025, anticipant une légère progression de l’EBITDA, du résultat opérationnel courant et du cash-flow libre net. Cette ambition repose sur une stratégie multifacette, qui combine l'accélération du déploiement des magasins en franchise et formats de proximité – avec 454 ouvertures en France sur 2024 – le renforcement de l'offre en marques propres, appelées à représenter 40 % du chiffre d'affaires alimentaire, et une digitalisation accrue. Ce dernier volet se traduit par une croissance de 18 % de la GMV e-commerce, qui atteint 5,9 milliards d'euros.
Le groupe mise également sur le développement de son activité de retail media via la plateforme Unlimitail, désormais présente dans 14 pays au travers de 33 distributeurs partenaires. Enfin, Carrefour a engagé une revue stratégique de son portefeuille d’actifs, dont la première concrétisation est l’intégration totale de sa filiale brésilienne, où il détient une position forte.
Pour accompagner ces investissements, un nouveau plan d’économies de 1,2 milliard d’euros est prévu en 2025, prolongeant la discipline déployée en 2024.
Malgré ces leviers, la prudence reste de mise. Carrefour lui-même souligne la fragilité de la consommation dans ses marchés clés et une visibilité limitée sur les volumes. De leur côté, les analystes ont révisé à la baisse leurs anticipations de bénéfices depuis novembre 2024, traduisant une attente accrue sur l’exécution.
Valorisation : une décote sectorielle persistante
Avec un PER 2027 estimé entre 6 et 7, Carrefour reste sous la moyenne historique de son secteur (Commerce de Détail à 13,7x). Un détail qui reflète des anticipations de croissance modérées (+8,5 %, vs 15 % pour le secteur).
La valeur comptable par action (Book Value/Price) est également favorable avec un ratio de 122 %, indiquant un cours inférieur à la valeur nette des actifs. En comparaison, la moyenne sectorielle est de 37 %.
Les analystes ciblent un cours de l'action entre 13,9 et 14,65 €, soit un potentiel de revalorisation entre 7 et 10 % à court terme.
Profil d’investissement : valeur de rendement à surveiller
Carrefour conserve un profil défensif, avec une faible sensibilité aux variations du STOXX600. Sa capacité à résister aux phases baissières de marché en fait une valeur de portage pertinente.
Pour un portefeuille orienté revenu ou dividende, Carrefour peut jouer un rôle de stabilisateur. En revanche, pour un profil plus dynamique, le manque de catalyseurs à court terme et la lenteur du redressement hors France peuvent justifier une approche attentiste.
Le titre offre une rémunération attractive mais exige une surveillance accrue de l’exécution stratégique, notamment sur les synergies post-acquisitions et la maîtrise des coûts dans un contexte de guerre des prix persistante. Il peut être considérée comme une valeur à détenir en fond de portefeuille à visée de rendement, dans l’attente d’un signal de revalorisation plus net sur l’exécution du plan 2026.