Cessez-le-feu USA-Iran : le Brent recule à 93 $, l'or repart à la hausse
Les marchés de l'énergie ont brutalement changé de régime cette semaine. Selon des sources citées par Reuters, négociateurs américains et iraniens seraient parvenus à un mémorandum d'entente visant à prolonger de 60 jours le cessez-le-feu dans la guerre débutée fin février, et à ouvrir un nouveau cycle de discussions sur le programme nucléaire iranien.
L'accord doit toutefois encore être formellement approuvé par Washington et Téhéran. Cette perspective a suffi à enclencher la plus correction du Brent, tout en redonnant de l'allant à l'or. Mais le signal mérite d'être lu avec prudence : la prime de risque géopolitique reste élevée tant que les flux via le détroit d'Ormuz ne sont pas rétablis.
Pétrole : une détente marquée mais conditionnelle
Le contrat Brent pour livraison juillet 2026 recule à environ 93 dollars le baril, en baisse de 1,1 % sur la séance du 29 mai et de 10,5 % sur la semaine. Le WTI suit le même mouvement, à 87,64 dollars (-1,4 % sur la séance, -9,2 % sur la semaine), signant sa plus forte baisse hebdomadaire depuis mi-avril.
La baisse est directement liée à l'avancée des négociation entre l'Iran et les Etats-Unis. Le mémorandum d'entente prévoirait un allègement progressif des restrictions sur le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre environ 20 % du pétrole et du GNL échangés dans le monde. À ce stade, les flux réels restent toutefois très inférieurs aux niveaux d'avant-crise, et l'accord n'a pas été formellement entériné par les deux capitales.
Reste que certains analystes soulignent que la production amont a été fortement réduite pendant le conflit : même en cas de réouverture du détroit, la remontée de l'offre serait graduelle. Cette séquence prolonge donc la phase de forte volatilité des cours du pétrole déjà observée la semaine passée, lorsque le Brent avait perdu près de 5 % avant de regagner environ 3 % en vingt-quatre heures.
Or et dollar : un rebond du métal jaune dans un contexte de désescalade partielle
L'or spot rebondit d'environ 1,1 % en séance, autour de 4 525 dollars l'once, en hausse de près de 3%. Le mouvement est soutenu à la fois par la détente sur le brut et par un léger repli du dollar, conséquence logique d'une perspective d'apaisement géopolitique.
La configuration est en apparence paradoxale : un cessez-le-feu devrait théoriquement peser sur les actifs refuges. Mais le caractère encore non finalisé de l'accord, conjugué à la persistance de tensions régionales maintient une demande structurelle pour le métal précieux.
Le message implicite des marchés est celui d'une normalisation partielle et réversible. Le repli du Brent s'accompagne d'ailleurs d'un maintien des couvertures sur l'or, signe que les opérateurs n'écartent pas un retour de tension si les négociations échouent.
États-Unis : croissance révisée à la baisse, inflation toujours sous pression énergétique
Sur le front macroéconomique, la seconde estimation du PIB américain au premier trimestre 2026, publiée par le Bureau of Economic Analysis, ressort à 1,6 % en rythme annualisé, contre 2,0 % initialement annoncé. Cette révision confirme un ralentissement plus marqué qu'anticipé en début d'année, étant entendu, comme le rappelle le BEA, que ces estimations restent susceptibles d'être ajustées lors des prochaines publications.
Dans le même temps, l'inflation PCE d'avril atteint 3,8 % sur un an, après 3,5 % en mars. Il s'agit de la plus forte hausse annuelle depuis mai 2023, principalement portée par la composante énergie sur fond de conflit avec l'Iran. La variation mensuelle ressort à +0,4 %, après +0,7 % en mars, soit une modération relative qui ne suffit pas à dissiper la question de la persistance du choc.
Cette combinaison (croissance révisée en baisse et inflation au plus haut depuis deux ans) explique le durcissement de ton de plusieurs responsables de la Fed, dans la lignée des récents propos de Neel Kashkari sur une onde de choc inflationniste mondiale liée à la guerre en Iran. Côté européen, l'indice de sentiment économique de la Commission s'établit à 93,5 en mai contre 93,2 en avril, un léger redressement qui reste en deçà de la moyenne de long terme et cohérent avec une croissance molle, sans préjuger du profil exact du PIB de la zone euro.