La guerre en Iran fait flamber les coûts de l'industrie européenne
Le conflit impliquant l'Iran, les États-Unis et Israël, déclenché fin février, continue de redessiner l'équilibre des coûts pour l'industrie européenne. Avec un Brent qui se maintient autour de 94 dollars et un PMI manufacturier de la zone euro en repli à 51,6 en mai, le scénario d'un choc d'offre durable se précise, alors que la Banque centrale européenne reste mobilisée sur le risque d'inflation importée. Une équation qui pèse mécaniquement sur les secteurs cycliques et sur les actifs sensibles aux taux.
Un baril ancré au-dessus de 90 dollars sous l'effet de la prime de risque
Le Brent s'échangeait autour de 94 dollars ce matin, après une séance précédente marquée par un gain de plus de 5 %. Ces niveaux contrastent avec les prévisions de surplus formulées en début d'année et reflètent la prime de risque liée aux tensions autour du détroit d'Hormuz, par lequel transite une part majeure des exportations pétrolières du Golfe.
Les discussions indirectes entre Washington et Téhéran restent entourées de signaux contradictoires, tandis que les tensions autour du détroit d’Hormuz continuent d’alimenter la prime de risque sur le pétrole. À ce stade, ces déclarations restent au registre des menaces et non de mesures pleinement appliquées : la réaction des États-Unis, des alliés du Golfe et des grands importateurs asiatiques pourra influer fortement sur le risque effectif pour les flux énergétiques.
La photographie intrajournalière des cours reste sujette à de fortes variations au gré des communications diplomatiques, des statistiques de stocks et des décisions de l'OPEP+.
Industrie européenne : un PMI qui décroche sous la pression des intrants
L'indice PMI manufacturier de la zone euro publié par S&P Global est ressorti à 51,6 en mai, après 52,2 en avril. L'activité reste en territoire d'expansion, mais le rythme s'essouffle : l'Allemagne stagne et la France enregistre sa première contraction depuis novembre.
Les enquêtes signalent un renchérissement des coûts des intrants au rythme le plus rapide depuis quatre ans en Europe, attribué aux perturbations logistiques et énergétiques liées au conflit. Les dirigeants de l'AIE, du FMI, de la Banque mondiale et de l'OMC ont, de leur côté, averti que la guerre tendait les approvisionnements énergétiques mondiaux, ajoutant un choc d'offre sur un cycle déjà marqué par la réouverture post-pandémie.
Ces indicateurs avancés, fondés sur des sondages auprès des directeurs d'achats, donnent une tendance mais ne préjugent pas de manière certaine des données de PIB ou d'inflation à venir et peuvent être révisés. Ils n'en dessinent pas moins un cadre défavorable aux secteurs cycliques exposés au coût de l'énergie et aux chaînes d'approvisionnement longues, tandis que la demande finale risque d'être bridée par la transmission progressive de ces hausses de coûts.
BCE : entre vigilance sur les effets de second tour et anticipations ancrées
Selon un sondage de Reuters, une majorité d'économistes anticipe au moins deux hausses supplémentaires du taux de dépôt de la BCE en 2026, afin de contenir les effets de second tour liés à la flambée des prix de l'énergie. Cette projection reflète la volonté affichée de l'institution de ne pas laisser un choc d'offre se diffuser durablement aux prix domestiques via les salaires et les marges.
Une enquête distincte de la BCE tempère toutefois le diagnostic : les anticipations d'inflation des ménages de la zone euro ressortent à 4,0 % à un an, 2,9 % à trois ans et 2,4 % à cinq ans, malgré une inflation réalisée à 3 % en avril. Le maintien des anticipations à moyen et long terme relativement proches de la cible de 2 % pourrait limiter la nécessité d'un resserrement agressif et atténuer le risque de désancrage.
La combinaison d'un choc de coûts industriel et d'une posture monétaire potentiellement restrictive constitue un environnement de marché spécifique : les actifs sensibles aux taux, à commencer par les obligations longues et les valeurs de croissance fortement valorisées, restent exposés à toute réévaluation du calendrier de la BCE, tandis que les marges des secteurs cycliques dépendent étroitement de leur capacité à répercuter les hausses d'intrants.