Tension mondiale sur les marchés obligataires : le JGB japonais à un plus haut inédit depuis 1996
Le repli sur les marchés de dette souveraine semble se confirmer. Le rendement du Treasury américain à 10 ans a atteint 4,63 %, son plus haut depuis février 2025, tandis que le JGB japonais à 10 ans a grimpé à 2,80 %, un niveau plus vu depuis 1996. Cette tension simultanée, alimentée par un Brent autour de 111 dollars et une inflation américaine à 3,8 % sur un an en avril, durcit les conditions de financement à l'échelle mondiale et reconfigure les anticipations de politique monétaire.
Une dislocation simultanée des courbes américaine et japonaise
Le mouvement de vente s'est accéléré sur les deux principales courbes souveraines mondiales. D'après Reuters, le Treasury à 10 ans a progressé de plus de 20 points de base sur la semaine précédente pour s'établir à 4,63 %, pendant que le 2 ans touchait 4,10 %, son plus haut depuis quatorze mois.
Au Japon, la pression est plus marquée encore en termes historiques : le JGB à 30 ans a inscrit un record proche de 4,20 %, et le 10 ans est remonté à 2,80 %, niveau inédit depuis 1996. La perspective d'un budget supplémentaire destiné à amortir le choc énergétique lié à la guerre en Iran nourrit la crainte d'une émission additionnelle de dette japonaise, selon la même source.
Ce double mouvement signifie que la référence mondiale du coût du capital se renchérit simultanément aux deux extrémités du système financier, sans contrepoids visible sur les principaux marchés de taux développés.
Énergie et inflation : le moteur du repricing
Le déclencheur immédiat reste le choc pétrolier. Le Brent évolue au-dessus de 110 dollars pour la troisième séance consécutive. Les prix ont gagné près de 8 % sur la semaine précédente et plus de 50 % depuis fin février, sous l'effet de la fermeture du détroit d'Ormuz et de la guerre en Iran.
Cette poussée alimente directement les indices de prix. Le Bureau of Labor Statistics a publié le 12 mai une inflation américaine à 3,8 % sur un an en avril, avec une composante énergie en hausse de 17,9 %. La diffusion de ce choc se retrouve aussi dans les statistiques européennes et asiatiques d'avril, plus fortes qu'attendu.
La séquence s'inscrit dans le prolongement des tensions diplomatiques autour d'Ormuz, déjà évoquées dans notre article Pétrole, Ormuz, Iran : à Pékin, Trump cherche l'appui de Xi, à un moment où le Brent évoluait encore près de 104 dollars. Les niveaux de taux et de pétrole cités ici sont ceux observés en début de séance asiatique et européenne le 18 mai et peuvent évoluer fortement en cours de journée.
Banques centrales : la trajectoire d'assouplissement remise en cause
Les anticipations de marché se sont déplacées sensiblement. Les contrats monétaires intègrent désormais une probabilité supérieure à 50 % d'une hausse de taux de la Fed d'ici décembre, scénario inverse de celui d'un assouplissement encore largement intégré il y a quelques semaines. La BCE est anticipée en resserrement dès le mois prochain, et la Banque d'Angleterre à plusieurs reprises en 2026.
Ce repositionnement pèse mécaniquement sur la valorisation des actifs sensibles aux taux : actions à duration élevée, immobilier coté, dette émergente, segments de crédit les plus longs. Il intervient alors que la conjoncture extérieure ne joue pas le rôle d'amortisseur habituel : selon le Bureau national des statistiques de Chine, la production industrielle chinoise d'avril ressort à +4,1 % sur un an, les ventes au détail à +0,2 % et l'investissement fixe à –1,6 % sur quatre mois, toutes les composantes étant inférieures aux attentes.
Le contexte de la rencontre récente entre les dirigeants américain et chinois, analysé dans Trump-Xi à Pékin : une rencontre qui peine à convaincre, n'a pas dissipé l'attentisme observé sur les marchés de matières premières. Les anticipations de décisions de la Fed, de la BCE et de la BoE restent par ailleurs susceptibles d'être révisées rapidement en fonction des prochaines statistiques et prises de parole des banques centrales.