Donation - transmission : la stratégie intergénérationnelle gagnante
Face à des enfants déjà installés et à des petits-enfants confrontés aux coûts croissants de la vie, sauter une génération lors de la transmission devient une stratégie.
Donner du sens à la transmission
Près de 6 Français sur 10 envisagent désormais de transmettre leur patrimoine de leur vivant, selon l’Observatoire des solidarités intergénérationnelles (IFOP/ASAC-FAPES, mars 2025). Cette évolution traduit un changement profond : la succession n’est plus seulement un enjeu post-mortem, mais un acte anticipé, réfléchi, et de plus en plus souvent… orienté vers les petits-enfants. En effet, la génération des enfants, souvent quadragénaires ou quinquagénaires au moment de la transmission, est en majorité déjà patrimonialement installée. Le geste, s’il est fiscalement neutre dans le cadre de l’abattement de 100 000 € par parent et par enfant (tous les 15 ans), n’a pas toujours un impact concret.
À l’inverse, les jeunes adultes – petits-enfants du donateur – font face à des charges croissantes : études, loyers, premier logement, naissance d’un enfant, mobilité professionnelle. Dans ce contexte, leur transmettre directement peut changer la donne… y compris sur le plan fiscal. Car cette stratégie permet d’éviter une double imposition future si les enfants eux-mêmes venaient à transmettre ce même patrimoine plus tard.
Des outils et des abattements favorables
Le Code général des impôts prévoit un abattement spécifique de 31.865 € par petit-enfant et par grand-parent, tous les 15 ans. Ce montant est cumulable avec un don familial de somme d’argent, sous conditions d’âge (donateur < 80 ans, donataire > 18 ans), soit jusqu’à 63.730 € en franchise de droits. L’assurance vie permet également d’aller plus loin : en désignant ses petits-enfants comme bénéficiaires, le donateur leur transmet des capitaux avec un abattement de 152.500 € par bénéficiaire (pour les primes versées avant 70 ans), le tout en dehors de la succession.
Prenons un exemple concret : un grand-père souhaite transmettre 200 000 €. Il a deux enfants et trois petits-enfants. S’il donne aux enfants, chacun reçoit 100 000 €, sans fiscalité. Mais s’il donne aux petits-enfants, chacun reçoit 66 666 €, dont 34 801 € taxés à environ 10 % : soit 3 450 € de droits. Un coût modéré pour un impact immédiat.
Encore faut-il encadrer la démarche. La réserve héréditaire protège les enfants : pour éviter toute contestation future, mieux vaut structurer les donations via une donation-partage transgénérationnelle (avec leur accord) ou un pacte adjoint si le don est manuel (type virement, remise de chèque, etc.). Ces outils permettent de flécher l’usage des fonds (études, achat immobilier…) et d’assurer une équité familiale dans le temps.
Une transmission plus solidaire… et plus efficace
Sauter une génération n’est donc pas un caprice patrimonial, mais une réponse adaptée aux défis contemporains. En période d’inflation, de tensions immobilières et d’incertitudes économiques, aider les plus jeunes devient une forme d’investissement social. Cette stratégie répond aussi à une volonté croissante de « donner du sens » à son héritage : plutôt que de renforcer le capital d’une génération déjà aisée, on accompagne celle qui démarre, dans ses projets de vie.
Encore trop perçue comme un bonus ou un geste affectif, la donation aux petits-enfants mérite d’être replacée au cœur de la stratégie patrimoniale. Bien structurée, elle combine optimisation fiscale, utilité sociale et équité familiale. Et elle illustre, mieux que tout, l’émergence d’une solidarité intergénérationnelle active.
Transmettre utilement, c’est transmettre au bon moment, à ceux qui en ont le plus besoin.