Croissance à 0,7 %, déficit hors trajectoire : le FMI tire la sonnette d'alarme pour la France
Dans son dernier examen consacré à la France, le Fonds monétaire international combine deux signaux qui méritent attention : une croissance révisée à 0,7 % en 2026 et un effort budgétaire jugé insuffisant pour sortir de la procédure de déficit excessif à l'horizon 2029. L'institution déplace par ailleurs le centre de gravité de ses recommandations vers les grands blocs du modèle social français.
Une croissance ramenée à 0,7 % et une trajectoire budgétaire jugée insuffisante
Le FMI prévoit une croissance du PIB réel français limitée à 0,7 % en 2026, après 0,9 % en 2025. L'institution attribue ce ralentissement aux effets de la guerre au Moyen-Orient, susceptibles d'alimenter l'inflation et de peser sur la demande intérieure, l'investissement des entreprises et la consommation des ménages.
Dans son scénario de base, le rythme actuel d'ajustement ne permettrait pas de respecter pleinement les objectifs du Plan budgétaire et structurel à moyen terme, ni de sortir de la procédure de déficit excessif à l'horizon mentionné par le document officiel, soit 2029. Le FMI considère donc que la France ne tient pas, en l'état, la trajectoire budgétaire négociée avec Bruxelles.
Pour combler l'écart, l'institution chiffre l'effort nécessaire à environ 0,8 % du PIB par an entre 2027 et 2029 et appelle le prochain gouvernement à adopter une nouvelle loi de programmation des finances publiques, afin de donner un cadre plus solide et plus prévisible à la consolidation budgétaire.
La dépense publique au cœur du diagnostic, plutôt que l'impôt
Les dépenses publiques françaises ont atteint 57,5 % du PIB en 2025, soit, selon le FMI, le niveau le plus élevé de la zone euro. L'institution estime que les pressions futures liées au vieillissement, à la défense, au numérique et à la transition écologique imposent de réorienter les dépenses courantes et sociales vers les priorités jugées essentielles.
Le FMI écarte en revanche une hausse générale de la fiscalité. Il rappelle que la France dispose déjà d'un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés de la zone euro et juge qu'un recours accru aux hausses d'impôts ne serait « ni réaliste ni souhaitable », en raison des risques pour la confiance des entreprises, la compétitivité et la croissance.
Les marges de recettes identifiées passent plutôt par la réduction de niches fiscales ou de dépenses fiscales jugées inefficaces. Le cœur de l'ajustement repose donc sur la maîtrise et la réorientation de la dépense, davantage que sur un effort fiscal supplémentaire demandé aux contribuables ou aux entreprises.
Retraites, santé, chômage : le modèle social désigné comme principal levier
Au-delà du solde global, le FMI cible explicitement les grands blocs du modèle social comme leviers d'ajustement. Sur les retraites, il considère que la suspension de la réforme de 2023 a réduit les économies de court terme et ravivé l'incertitude sur l'ajustement du système. Il recommande des mécanismes automatiques liés aux évolutions démographiques, des revues régulières de soutenabilité, une harmonisation des régimes et des incitations à prolonger la vie active.
Sur l'assurance chômage, l'institution juge le système relativement généreux pour certains groupes par rapport aux pays comparables et pointe le risque d'un usage du dispositif comme passerelle vers la retraite. Elle recommande de poursuivre les ajustements sur l'éligibilité, la durée d'indemnisation et la conditionnalité des droits. Sur la santé, le FMI n'évoque pas une hausse générale des frais pour les patients, mais des tickets modérateurs « soigneusement calibrés » pour les services non essentiels ou non urgents, ajustés selon les revenus et l'état de santé.
Le FMI insiste sur la nécessité de cibler les mesures, de les séquencer avec soin, de préserver l'équité et de protéger les ménages les plus vulnérables. Ces recommandations, formulées à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle de 2027, portent sur des sujets politiquement sensibles et constituent un point de repère pour anticiper l'environnement réglementaire et budgétaire dans lequel évolueront les acteurs économiques français.