Détroit d'Ormuz : un cinquième du pétrole mondial suspendu aux négociations après de nouvelles frappes américaines
Le détroit d'Ormuz se trouve une nouvelle fois au cœur d'une séquence diplomatique délicate. Les frappes américaines menées sur le territoire iranien dans la nuit de lundi à mardi ont ravivé les tensions sur les marchés de l'énergie, alors que Washington et Téhéran tentaient de consolider le cessez-le-feu conclu le 8 avril. La réouverture pleine de ce verrou maritime constitue un point central des négociations en cours, avec des répercussions directes sur la facture énergétique mondiale.
Un goulet d'étranglement énergétique au centre des discussions
La guerre au Moyen-Orient a fortement perturbé l'économie mondiale, en grande partie à cause du quasi-blocage du détroit d'Ormuz. Ce passage stratégique concentre en temps normal environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde, ce qui en fait l'un des points névralgiques de l'approvisionnement énergétique global.
Sa réouverture figure parmi les sujets prioritaires des pourparlers entre Washington et Téhéran. L'enjeu dépasse le seul cadre bilatéral : tout ralentissement du trafic dans la zone se répercute mécaniquement sur les prix du brut et du GNL, et donc sur les coûts d'approvisionnement des économies importatrices, dont la France et la zone euro.
Le choc pétrolier lié au conflit pèse déjà sur l'activité européenne, comme l'a montré le dernier indice PMI S&P Global consacré au secteur privé français. Ce matin, le baril de Brent est redescendu hier sous les 100 dollars, mais la situation reste très tendue.
Frappes américaines, riposte verbale iranienne : un équilibre fragile
Les États-Unis ont mené dans la nuit de lundi à mardi de nouvelles frappes sur le territoire iranien, une première depuis plusieurs semaines. Selon le Centcom, l'opération a visé des sites de lancement de missiles et des embarcations iraniennes qui tentaient de poser des mines. L'armée américaine affirme agir avec retenue pendant le cessez-le-feu et présente l'action comme limitée à la neutralisation de menaces opérationnelles.
Téhéran n'a pas officiellement confirmé les frappes. Le guide suprême Mojtaba Khamenei a réagi à la télévision d'État en insistant sur la perte d'influence des États-Unis dans le Golfe, un message destiné à montrer que l'Iran ne se considère pas affaibli.
Le cessez-le-feu conclu le 8 avril avait ouvert une phase de blocages, de menaces puis de reprise du dialogue. Les derniers jours avaient laissé entrevoir une possible avancée, Donald Trump évoquant un compromis imminent. L'intensification annoncée par Israël au Liban, puis les frappes américaines, ont refroidi les attentes de désescalade.
Les canaux diplomatiques ne sont pas coupés
Après l'annonce des frappes, les marchés mondiaux ont adopté une posture plus prudente. Les Bourses européennes ont ouvert sans direction claire, tandis que les prix du pétrole sont brièvement repartis à la hausse.
Les canaux diplomatiques restent toutefois actifs. De hauts responsables iraniens, dont Mohammad Bagher Ghalibaf et Abbas Araghchi, se sont rendus à Doha lundi. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a indiqué que des conclusions avaient été trouvées sur une grande partie des questions, sans parler d'accord imminent. Côté américain, le secrétaire d'État Marco Rubio a précisé que les discussions portaient encore sur la formulation du texte initial et qu'elles prendraient quelques jours, tout en laissant ouverte l'hypothèse d'un échec.
Donald Trump a par ailleurs lié les négociations à une extension des accords d'Abraham, estimant dans un message publié lundi sur les réseaux sociaux que plusieurs pays à majorité musulmane devraient au minimum les signer simultanément. Pékin, de son côté, a demandé aux parties concernées de respecter leurs engagements et de poursuivre les discussions, dans un appel à la stabilité. Ces multiples lignes de négociation détermineront à court terme la trajectoire des cours du brut et du GNL, et plus largement les conditions économiques mondiales.