Le secteur privé français au plus bas depuis novembre 2020, selon S&P Global
S&P Global parle d’un “constat alarmant” pour “la santé de l’économie du pays” et dresse le tableau d'une économie en net repli. Le secteur privé français enregistre sa plus forte contraction depuis cinq ans et demi, sur fond de choc pétrolier lié au conflit au Moyen-Orient.
Une activité en contraction marquée dans les services comme dans l'industrie
Le repli concerne l'ensemble du secteur privé. L'indice PMI Flash de l'activité du secteur des services s'établit à 42,9 en mai, contre 46,5 en avril, atteignant lui aussi un plus bas depuis 66 mois. Du côté de l'industrie manufacturière, la production retombe en territoire négatif après le rebond d'avril, l'indice de production chutant de plus de six points pour s'inscrire à 46,4. L'indice PMI Flash de l'industrie manufacturière recule à 48,9, contre 52,8 en avril.
Les entreprises interrogées par S&P Global attribuent ce retournement à l'impact du conflit au Moyen-Orient, qui a généré de fortes pressions sur les coûts du carburant et de l'énergie ainsi qu'un climat d'incertitude économique. Certains fabricants mentionnent également le renchérissement des matières premières comme facteur de dégradation de leur activité.
Demande en chute libre, emploi en repli : les signaux d'alerte se multiplient
Le volume global des nouvelles affaires enregistre en mai sa plus forte contraction depuis novembre 2020, traduisant une dégradation très marquée de la demande. La baisse est particulièrement soutenue dans le secteur des services. Sur les marchés extérieurs, la demande recule à son rythme le plus rapide depuis dix-huit mois, signe d'un environnement international également moins porteur.
L'emploi, qui avait progressé modestement durant les quatre premiers mois de l'année, se retourne à la baisse en mai, le taux de contraction atteignant son plus haut niveau depuis février 2025. Malgré ces suppressions de postes, le volume des affaires en cours dans les entreprises privées françaises diminue fortement, à un rythme inégalé depuis quinze mois. Les perspectives d'activité à douze mois basculent par ailleurs dans le pessimisme — une première depuis novembre 2024 — avec un degré de pessimisme inégalé depuis avril 2020, au début de la pandémie.
Inflation des coûts au plus haut depuis trois ans : la stagflation en filigrane
Parallèlement à la contraction de l'activité, les pressions sur les prix s'accentuent nettement. L'inflation des coûts atteint en mai son plus haut niveau depuis mars 2023, l'indice correspondant ayant progressé de plus de treize points depuis février. Le secteur manufacturier enregistre la plus forte hausse des prix des achats, les fabricants citant fréquemment le renchérissement des métaux, du pétrole et de leurs produits dérivés. Les prestataires de services attribuent quant à eux la hausse de leurs coûts à l'augmentation des prix du carburant et de l'énergie.
Les entreprises répercutent partiellement ces hausses : les prix facturés progressent à leur rythme le plus soutenu depuis trois ans, l'indice correspondant s'étant redressé de près de cinq points par rapport à février. Joe Hayes, Principal Economist à S&P Global Market Intelligence, souligne que « la flambée des prix du pétrole a frappé directement les ménages et les entreprises, désormais confrontés à une envolée des prix à la pompe, mais aussi indirectement, en se répercutant sur les coûts de transport et de production ».
Selon l'économiste, « la forte chute des nouvelles affaires observée en mai dans le secteur privé indique déjà, de manière préoccupante, que le choc pétrolier a très clairement augmenté le risque de récession dans la deuxième économie de la zone euro ». Les résultats finaux du PMI seront publiés le 1er juin pour l'industrie manufacturière et le 3 juin pour les services et les indices composites.