L'euro au plus bas de 17 mois, plombé par la dette française
La crise de confiance qui frappe la dette française gagne désormais le marché des changes. L'euro est tombé lundi matin à 1,1161 dollar en séance asiatique, son niveau le plus faible depuis mai 2025, avant de revenir autour de 1,118 dollar.
La monnaie unique enchaîne ainsi une quatrième semaine de baisse face au billet vert. Ce mouvement tient à la combinaison de deux facteurs : la montée des inquiétudes autour des finances publiques françaises et la vigueur persistante du dollar, soutenu par des rendements américains toujours élevés.
La crise de confiance française déborde sur l'euro
Le signal était jusqu'ici surtout visible sur le marché obligataire. L'écart de rendement entre l'OAT française et le Bund allemand à dix ans a dépassé 150 points de base vendredi avant de terminer la semaine autour de 140 points. Il s'est élargi de 34 points en cinq séances, soit sa plus forte hausse hebdomadaire depuis dix-sept ans.
Ce mouvement, détaillé dans notre article sur la défiance envers la France, traduit la hausse rapide de la prime exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française plutôt qu'allemande.
La tension touche désormais directement la monnaie unique, en lien avec la crainte que les difficultés françaises ne se transmettent plus largement aux marchés de la zone euro, dans un contexte politique particulièrement incertain à six mois de l'élection présidentielle française.
En toile de fond, le projet de budget pour 2027 vise à ramener le déficit public à 5 % du PIB. Le texte prévoit un ensemble de hausses de prélèvements et de réductions de dépenses qui doivent encore être largement amendées au Parlement. Moody's a souligné vendredi l'incertitude entourant son adoption et estime que la fragmentation politique française ne devrait pas se résorber rapidement.
Le dollar reste soutenu par les taux américains
La faiblesse de l'euro ne s'explique toutefois pas uniquement par la France. Le dollar reste porté par des rendements américains élevés après la forte correction qui a frappé les marchés obligataires mondiaux.
Le taux du Treasury américain à dix ans a atteint 5,34 % la semaine dernière, son plus haut niveau depuis 2002, avant de refluer.
Ces niveaux élevés renforcent l'attrait relatif du billet vert, même si les derniers chiffres de l'emploi américain ont réduit les anticipations de hausse des taux de la Réserve fédérale à très court terme.
Selon Reuters, la probabilité implicite d'un relèvement des taux en octobre est tombée sous les 20 %, contre environ 64 % une semaine auparavant. Le marché continue néanmoins d'envisager un nouveau resserrement plus tard dans l'année, ce qui contribue à maintenir le dollar ferme.
Le pétrole ajoute une contrainte inflationniste
Les tensions sur l'énergie complètent ce tableau. Le Brent évoluait encore autour de 101,5 dollars lundi matin, malgré le recours du G7 aux réserves stratégiques et le redressement des exportations du Moyen-Orient. Un pétrole durablement supérieur à 100 dollars entretient les craintes d'inflation et contribue à maintenir les taux longs à des niveaux élevés. Il ne constitue pas la cause directe du recul de l'euro, mais renforce l'environnement de marché qui favorise actuellement le dollar.
Le risque français devient un sujet européen
Le mouvement actuel marque surtout un changement de dimension pour les investisseurs. Jusqu'à présent, les inquiétudes sur les finances publiques françaises se traduisaient principalement par une hausse des rendements des OAT et de leur spread avec l'Allemagne.
Le recul de l'euro montre que cette défiance commence désormais à dépasser le seul marché français.
Le risque est désormais de voir les tensions sur la dette française contaminer plus largement les actifs de la zone euro.
Il ne s'agit pas pour autant, à ce stade, d'un scénario comparable à la crise des dettes souveraines de 2011-2012. Mais la combinaison d'une dette française élevée, d'un Parlement fragmenté et de rendements obligataires mondiaux au plus haut depuis plusieurs décennies suffit à replacer le risque souverain européen parmi les préoccupations des marchés.