Budget 2027 : la défiance envers la France gagne les marchés
La présentation du budget 2027 n'a pas suffi à calmer les marchés. Après une semaine de forte tension sur la dette française, l'euro a chuté lundi matin à son plus bas niveau depuis dix-sept mois face au dollar. Deux signaux qui traduisent une même inquiétude : celle de voir la France peiner à redresser ses comptes publics dans un Parlement profondément divisé.
La prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française plutôt qu'allemande s'est brutalement envolée ces derniers jours. Vendredi, l'écart entre les taux français et allemand à dix ans a dépassé 150 points de base en séance, avant de terminer la semaine autour de 140 points de base. Il a ainsi gagné 34 points sur cinq séances, sa plus forte progression hebdomadaire depuis dix-sept ans.
L'euro emporté par les inquiétudes françaises
La tension s'est prolongée lundi matin sur le marché des changes. En séance asiatique, l'euro est descendu jusqu'à 1,1161 dollar, son niveau le plus faible depuis mai 2025. La monnaie unique évoluait ensuite autour de 1,118 dollar.
Les difficultés françaises ne sont pas seules en cause : le dollar bénéficie également de rendements américains toujours très élevés et de son statut de valeur refuge.
Mais les inquiétudes entourant la trajectoire budgétaire française et le risque de contagion à d'autres marchés obligataires européens ont directement pesé sur l'euro.
La pression est d'autant plus forte que le rendement de l'OAT française à dix ans s'est rapproché de 5 % la semaine dernière, prolongeant les tensions déjà observées à la veille de la présentation du budget. Ce mouvement ne se limite toutefois pas à la France : les marchés obligataires mondiaux traversent eux aussi une phase de forte correction, sur fond de hausse des anticipations d'inflation et de remontée des taux d'intérêt.
Un budget de 43 milliards d'euros qui ne rassure pas encore
C'est dans ce contexte que le gouvernement a présenté, jeudi 1er octobre, son projet de budget pour 2027. L'exécutif veut ramener le déficit public de 5,4 % du PIB attendu cette année à 5 % l'an prochain. Le PLF et le projet de financement de la Sécurité sociale comportent pour cela 43 milliards d'euros de mesures de redressement, dans le cadre d'un effort total plus large.
La trajectoire reste néanmoins très dégradée. Après 119,3 % du PIB attendus en 2026, la dette publique atteindrait 121,7 % du PIB en 2027 selon les prévisions gouvernementales examinées par le Haut Conseil des finances publiques.
La charge d'intérêts devrait parallèlement continuer à progresser fortement.
Le budget prévoit à la fois des économies et des prélèvements supplémentaires. Parmi les mesures figurent notamment une limitation de la revalorisation de certaines pensions, une réduction de certains avantages fiscaux accordés aux retraités, des économies dans la santé et plusieurs hausses de prélèvements.
Le vrai risque reste politique
Au-delà des chiffres, c'est désormais la capacité du gouvernement à faire adopter son texte qui préoccupe les marchés. Le PLF a été déposé à l'Assemblée nationale le 1er octobre et doit être examiné dans un Parlement où l'exécutif ne dispose pas de majorité stable.
Les oppositions ont déjà annoncé leur intention de modifier en profondeur le projet. Les Républicains contestent plusieurs hausses d'impôts, notamment celles visant les retraités et certaines rentes. Le Rassemblement national juge le budget « insincère », tandis que le Parti socialiste réclame une lettre rectificative.
Cette fragmentation politique est précisément l'un des principaux motifs d'inquiétude de Moody's. Dans une analyse publiée le 2 octobre, l'agence de notation s'est montrée pessimiste sur l'évolution de la situation politique et économique française et sur la possibilité de voir les différents partis parvenir rapidement à un compromis budgétaire.
Des taux américains au plus haut depuis 2002
La France est cependant loin d'être seule confrontée à l'envolée des coûts de financement. Le rendement du Treasury américain à dix ans a atteint environ 5,34 % la semaine dernière, son plus haut niveau depuis 2002, avant de refluer lundi autour de 5,26 %. La correction obligataire touche également l'Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon. Cette hausse généralisée des taux complique la lecture du cas français : une partie de la tension sur les OAT provient du mouvement mondial de vente d'obligations. Mais l'élargissement beaucoup plus marqué du spread avec l'Allemagne montre qu'une prime de risque spécifiquement française est venue s'y ajouter.
Le pétrole ajoute une pression supplémentaire
Les marchés doivent enfin composer avec un Brent toujours supérieur à 100 dollars. Lundi matin, le baril se négociait autour de 101,6 dollars, en léger recul après l'annonce d'un recours aux réserves stratégiques du G7 et avec la progression des exportations de brut du Moyen-Orient.
Les cours restent néanmoins soutenus par le conflit entre les États-Unis et l'Iran et par les perturbations qui affectent les flux pétroliers de la région.
La hausse de l'énergie entretient les anticipations d'inflation et contribue ainsi à maintenir les rendements obligataires mondiaux à des niveaux élevés.
Pour la France, le problème est donc double : elle affronte une remontée mondiale du coût de l'argent au moment même où ses propres finances publiques et l'absence de majorité parlementaire conduisent les investisseurs à lui demander une prime de risque croissante.
La prochaine étape sera politique : l'examen du budget à l'Assemblée nationale doit désormais montrer si un compromis est possible ou si les inquiétudes qui ont gagné les marchés ces derniers jours sont appelées à durer.