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Livret A : baisse de rémunération au 1er février 2020

| Publié le 04-10-2019 11:58 | Mise à jour le 04-10-2019 11:54
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Livret A : baisse de rémunération au 1er février 2020
Crédit(s) photo(s) : (c) Adobe Stock  

Au 1er février 2020, la rémunération du livret A passera de 0,75% à 0,50%. Une mesure soutenue par le ministre de l'Économie, qui a plaidé ce 2 octobre pour une meilleure diversification de l'épargne des Français lors d'un colloque à la Caisse des Dépôts.

Des placements sans risque mis à mal par les taux bas

A partir du 1er février 2020, le taux de rémunération du livret A va baisser, passant de 0,75% à 0,50% par an. Cette baisse fait suite à la modification de son mode de calcul et résulte du climat généralisé des taux bas en Europe.

S'ils profitent à ceux qui empruntent (les taux de crédit n'ont jamais été aussi bas), l'effet miroir est que ces taux bas pénalisent ceux qui prêtent de l'argent. Or, lorsqu'un épargnant dépose une somme sur un livret A, il la prête d'une part à la Caisse des Dépôts qui s'en sert pour financer le logement social, et d'autre part à l'État. Or, l'État emprunte actuellement à taux négatifs.

Le livret A n'est pas le seul dont la rémunération décroît d'année en année. Les placements sans risque qui sont adossés aux emprunts d'État souffrent tout autant. C'est par exemple le cas des fonds en euros des assurances-vie, dont la Banque de France, Generali et Allianz ont annoncé la fin programmée.

Si les taux d'emprunt sur les marchés sont si bas, c'est que la politique monétaire européenne tente de relancer la consommation en incitant les agents économiques à dépenser et investir leur argent plutôt qu'à l'épargner. Mais confrontés à des craintes quant à l'avenir et éprouvant traditionnellement une aversion au risque, les Français préfèrent sécuriser leur épargne. La volatilité des marchés financiers observée fin 2018 ne les a, de plus, pas incités à placer une partie de leur épargne sur d'autres supports.


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Une perte de pouvoir d'achat pour les épargnants

Le problème est que la baisse de ces rémunérations engendre une perte de pouvoir d'achat pour l'épargnant. En 2020, pour 100 euros placés pendant douze mois sur un livret A, les épargnants percevront une rémunération de 0,50 €. Dans le même temps, les prix devraient augmenter de 1,3% (taux d'inflation prévu par l'OCDE).

Ainsi, un produit qui vaut 100 € en 2019 devrait donc valoir l'équivalent de 101,30 € en 2020. Or, une épargne de 100 € en 2019 ne sera revalorisée que 100,50 € en 2020. La perte de pouvoir d'achat de l'épargne s'élèverait donc à 0,8%.

Selon l'association de consommateurs CLCV, le manque à gagner lié à l'écart entre l'inflation et la rémunération du livret A aurait été de 3,6 milliards d'euros en 2018 pour les épargnants.

Une réforme défendue par la Caisse des Dépôts

La Caisse des Dépôt et Consignations (CDC) organisait le 2 octobre un colloque sur l'utilisation de « l'épargne dans les territoires ». 60% des dépôts effectués par les particuliers sur les livrets A sont en effet utilisés par l'organisme pour financer le logement social. Un secteur lui aussi mis à mal par la baisse des dotations de l'État.

Selon Eric Lombard, directeur général de la CDC, « l'épargne réglementée est un modèle vertueux à beaucoup d'égards, mais il est mis sous pression par l'environnement de taux bas, probablement durable. Rémunérer le Livret A à 0,75% quand le placement sans risque, l'OAT à 10 ans [les emprunts d'État, ndlr] est à -0,3% et coûte donc 30 centimes, est un défi. L'application de la nouvelle formule de calcul du taux dès février 2020, avec un taux plancher de 0,50%, est bienvenue. (...) [Cela] ne devrait pas occasionner d'inflexion des comportements des ménages dans un contexte de faible rendement qui est général ».

D'après les calculs de la CDC, la baisse de rémunération de 0,75% à 0,50% ne coûtera « qu'environ 1 euro par mois » aux épargnants disposant d'un livret garni de 4800 euros, la moyenne nationale. Or, cette baisse devrait permettre un « allègement des charges financières pour le logement social de 317 millions d'euros » par an.

A lire également : Budget 2020 : des baisses d'impôts et la suppression d'avantages fiscaux

Une volonté d'orienter l'épargne des Français l'économie

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, qui a clôturé le colloque de la CDC, a également défendu cette mesure. « La nouvelle formule du taux du Livret A fournira des ressources plus compétitives pour le logement social et plus en phase avec les ressources bancaires » a-t-il expliqué, précisant que le gouvernement s'est engagé à ne jamais descendre le taux du livret A « en dessous de 0,50% », et rappelant que « le livret d'épargne populaire ne serait jamais inférieur à l'inflation».

Le ministre a également plaidé pour la diversification de l'épargne, et notamment pour l'ouverture de Plans d'Épargne Retraite (PER) par les Français (un nouveau placement lancé le 1er octobre). « Nous avons engagé cette transformation de l'épargne réglementée vers l'économie active avec la loi Pacte (...) L'argent qui dort, ça suffit. Il faut mieux orienter l'épargne. Nous avons besoin de placements plus dynamiques et de sortir de l'alternative basique entre épargne réglementée avec peu de rendement ou immobilier » a-t-il martelé.

Pour Yann Tampéreau, chef économiste de la Caisse des Dépôts, les dépôts des Français sur l'épargne réglementée constituent « un argent assez neutre et stérile pour l'économie ». Celui-ci estime qu'il faut « que les Français fassent un effort d'allocation de leur épargne ». Un voeu qui ne pourra probablement pas être exhaussé sans un long travail de pédagogie financière.

A lire également : « La pédagogie financière est un véritable enjeu pour les Français »


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Mieux comprendre l’article

Les mots soulignés dans l'article sont brièvement définis ici.

Épargne réglementée :
L'épargne réglementée désigne les placements dont les conditions sont fixées par les pouvoirs publics. Il s'agit du livret A, du Plan d'épargne logement (PEL), du Compte épargne logement (CEL), du Livret d'épargne populaire (LEP), du livret bleu, du livret jeune et Livret de développement durable et solidaire (LDDS).

Inflation :
L'inflation peut se définir comme la hausse continue du niveau général des prix.

Une des conséquences de l'inflation est la perte de pouvoir d'achat de la monnaie. Lorsque les prix augmentent, la même quantité de monnaie ne suffit plus pour acheter les mêmes produits.

Par exemple, avec une inflation de 1,8% par an, un produit qui coûterait 100 € en 2019 pourrait coûter 101,8 € en 2020. Il faudrait donc augmenter la quantité de monnaie nécessaire pour acheter le produit.


OCDE :
L’OCDE est une organisation internationale d’études économiques. Elle compte 36 pays membres (la plupart situés dans l’hémisphère nord à l’exception du Chili et de l’Australie). Elle est favorable au libre-échange et à la concurrence pour stimuler l’économie.