Brent au-dessus de 110 dollars : Ormuz bloqué, le choc pétrolier s'installe
Le baril de Brent évolue autour de 110 dollars ce lundi 18 mai pour la troisième séance consécutive. La fermeture persistante du détroit d'Ormuz et la guerre en Iran maintiennent une prime de risque élevée sur les marchés de l'énergie, qui se diffuse désormais aux marchés obligataires et pèse sur les anticipations de politique monétaire. Le scénario de taux « plus hauts pour plus longtemps » se renforce, avec des implications directes sur les valorisations actions et la trajectoire de l'inflation.
Un baril à près de 111 dollars qui matérialise un choc pétrolier durable
Le Brent s'échange ce matin proche des 111 dollars le baril en séance asiatique, après un gain de près de 8 % la semaine dernière. Depuis fin février et le déclenchement de la guerre en Iran, la référence européenne affiche une progression supérieure à 50 %, tandis que le WTI américain s'approche de 108 dollars.
Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait jusqu'ici une part déterminante du brut et des produits raffinés du Golfe, demeure largement fermé ou fortement restreint. Les flux sont contraints de se reporter sur des oléoducs alternatifs ou des voies maritimes plus longues, et les stocks stratégiques sont mobilisés. Une drone-attaque visant une centrale nucléaire aux Émirats arabes unis a accentué la perception du risque ce week-end.
La tonalité diplomatique s'est durcie : Donald Trump a averti sur les réseaux sociaux que « le temps presse » pour un accord avec Téhéran. Cette séquence prolonge la dynamique observée lors du sommet de Pékin, déjà marquée par la recherche d'un appui chinois pour maintenir Ormuz ouvert, sans résultat tangible à ce stade.
L'inflation énergétique réveille les marchés obligataires
Le choc pétrolier se transmet directement aux anticipations d'inflation. Selon le Bureau of Labor Statistics, l'indice des prix à la consommation américain a progressé de 3,8 % sur un an en avril, la composante énergie bondissant de 17,9 % sur la même période. Cette accélération complique l'hypothèse d'un assouplissement monétaire de la Fed en 2026.
Le rendement du Treasury américain à 10 ans atteint 4,63 %, selon Reuters, son plus haut depuis février 2025, après une hausse supérieure à 20 points de base sur la semaine précédente. Le mouvement est mondial : les emprunts d'État japonais sont également sous pression, avec un 10 ans à 2,80 %, au plus haut depuis 1996, et un 30 ans autour de 4,20 %, un niveau record. La perspective d'un budget supplémentaire au Japon, destiné à amortir le choc moyen-oriental, alimente la pression vendeuse.
Cette remontée des taux longs réduit mécaniquement la valeur actualisée des flux futurs, ce qui pèse sur les multiples de valorisation des actions, en particulier sur les segments de croissance. Les niveaux mentionnés sont ceux observés en début de séance et restent susceptibles d'évoluer rapidement en cours de journée.
Demande chinoise atone et coordination du G7 : les variables à surveiller
À ces tensions sur l'offre énergétique s'ajoute une demande mondiale fragile. Selon le Bureau national des statistiques de Chine, la production industrielle a progressé de 4,1 % sur un an en avril, les ventes au détail de 0,2 % seulement, et l'investissement fixe a reculé de 1,6 % sur les quatre premiers mois de l'année. Toutes les composantes ressortent en dessous des attentes, confirmant la fragilité de la reprise intérieure au début du deuxième trimestre.
Cette combinaison — prix de l'énergie élevés, taux longs en hausse, demande chinoise atone — accentue la pression sur les secteurs intensifs en énergie, le transport et les exportateurs exposés au marché chinois. Les ministres des Finances du G7, réunis à Paris, cherchent à coordonner leur réponse sur l'inflation, les chaînes d'approvisionnement et les matières premières critiques, sans qu'un dispositif commun n'ait été détaillé à ce stade.
Le contexte appelle à la prudence sur les données disponibles : les statistiques chinoises sont à interpréter avec précaution sur la qualité de mesure de la demande réelle, et la situation militaire autour d'Ormuz reste extrêmement évolutive. Les bilans cités, comme les niveaux de prix et de taux, sont susceptibles d'être révisés au gré des prochaines publications et prises de parole des banques centrales. La séquence en cours, déjà évoquée dans notre analyse du sommet sino-américain, place les arbitrages géopolitiques au cœur des paramètres économiques mondiaux.