La Banque de France et Euroclear lancent la tokenisation du marché de la dette à court terme
Le 10 octobre 2025, la Banque de France et Euroclear ont annoncé le lancement du projet Pythagore, destiné à transférer sur une infrastructure blockchain l'ensemble des titres négociables de dette à court terme européens. Cette initiative constitue la première application à grande échelle de la tokenisation dans le secteur des titres financiers à l'échelle mondiale. Le marché des NEU CP, qui représente 310 milliards d'euros d'encours et constitue le premier marché de dette à court terme de l'Union européenne, sera ainsi modernisé grâce à la technologie des registres distribués.
Un marché clé engagé dans sa transformation numérique
La Banque de France et Euroclear ont annoncé le lancement du projet Pythagore, une initiative conjointe visant à tokeniser le marché des Negotiable European Commercial Paper (NEU CP), instruments de dette à court terme utilisés par les entreprises et institutions financières pour financer leurs besoins de trésorerie.
Créé en 2016, le marché des NEU CP est aujourd’hui un pilier du financement de l’économie française et européenne, avec un encours total d’environ 310 milliards d’euros, selon les données de la Banque de France. L’institution en assure la supervision et la tenue du registre, garantissant la transparence et la fiabilité des émissions.
Le projet Pythagore ambitionne d’introduire la technologie des registres distribués (DLT) dans le fonctionnement de ce marché afin d’automatiser certaines étapes du cycle de vie des titres, accélérer les règlements et renforcer la traçabilité des transactions. L’objectif affiché : moderniser en profondeur une infrastructure stratégique pour la place financière de Paris.
Une continuité d'expérimentations sur les actifs tokenisés
Cette démarche s’inscrit dans la continuité des travaux menés par la Banque de France depuis 2020 autour de la monnaie numérique de banque centrale (CBDC) et de la tokenisation des actifs financiers.
En décembre 2024, la banque centrale a réalisé deux opérations de marché inédites sur des titres souverains tokenisés, l’une avec Société Générale et l’autre avec BNP Paribas, en utilisant sa plateforme DL3S. Ces tests ont démontré la compatibilité entre les infrastructures de paiement de l’Eurosystème et les plateformes privées basées sur la blockchain.
De son côté, Euroclear, dépositaire central et opérateur du système de règlement-livraison français (ESES France), multiplie depuis plusieurs années les initiatives autour de la digitalisation et de la tokenisation des titres. L’alliance entre les deux acteurs apporte au projet Pythagore une légitimité institutionnelle forte, alliant la maîtrise monétaire publique et le savoir-faire opérationnel du post-marché.
Un projet pilote avant une généralisation progressive
Selon le communiqué officiel, le projet Pythagore prévoit une phase pilote d’ici fin 2026, en lien avec les travaux européens sur la monnaie numérique de banque centrale et les initiatives de règlement tokenisé.
L’expérimentation portera sur le cycle complet d’émission, de règlement et de conservation des NEU CP sous forme de jetons, tout en veillant à l’interopérabilité avec les systèmes existants.
Cette modernisation pourrait à terme réduire les délais de règlement des titres, simplifier la gestion opérationnelle et renforcer la sécurité grâce à une meilleure traçabilité des flux. Mais la Banque de France et Euroclear soulignent que le déploiement à grande échelle nécessitera encore des ajustements réglementaires et des garanties de stabilité financière, conformément aux recommandations récentes du Conseil de stabilité financière sur les risques associés à la tokenisation.
Une étape clé pour la finance européenne
En introduisant la technologie blockchain dans un segment aussi structurant que le marché des NEU CP, la France se positionne comme laboratoire européen de la finance tokenisée.
Le projet Pythagore illustre une tendance de fond : la convergence entre innovation technologique, souveraineté financière et efficacité opérationnelle.
S’il atteint ses objectifs, il pourrait servir de modèle pour d’autres marchés de titres à court terme au sein de l’Union européenne.