Or : pourquoi le métal jaune cale à 4 332 $ malgré la trêve Iran-Israël
L'or au comptant évoluait autour de 4 330 dollars l'once ce 9 juin, après avoir touché la veille un plus bas de plus de deux mois à 4 268,40 dollars. Le métal jaune peine à jouer son rôle traditionnel de valeur refuge alors que la trêve entre l'Iran et Israël annoncée le 8 juin reste précaire et que la prime géopolitique sur l'énergie demeure élevée. En cause : la perspective d'un nouveau tour de vis de la Réserve fédérale d'ici décembre, qui renchérit le coût d'opportunité de détention d'un actif sans rendement.
Un arbitrage défavorable face à la perspective d'une Fed plus restrictive
La probabilité implicite d'une hausse de taux de la Fed d'ici décembre dépasse désormais 70 %, selon le CME FedWatch. Ce niveau d'anticipation modifie en profondeur l'équation de l'or : plus les rendements réels américains sont appelés à monter, plus le coût d'opportunité de détenir un actif qui ne verse aucun coupon s'alourdit.
La publication prochaine de l'indice des prix à la consommation américain de mai constituera un test important pour valider ou non cette trajectoire. Dans l'intervalle, le dollar reste soutenu, au plus au depuis plus haut de 2 mois.
Cette combinaison (billet vert ferme et taux longs orientés à la hausse) pourrait, au moins en partie, expliquer pourquoi l'or ne parvient pas à capitaliser pleinement sur le contexte, contrairement aux configurations historiques observées lors de précédents épisodes de tension au Moyen-Orient.
Une prime géopolitique qui se concentre sur le pétrole plus que sur l'or
Le Brent évolue autour de 92 dollars le baril après un pic d'environ +5 % en séance lors des dernières salves de missiles entre l'Iran et Israël. Environ 20 % des besoins mondiaux quotidiens en carburants transitent par le détroit d'Ormuz, dont la fermeture de facto et les tensions persistantes en mer Rouge maintiennent une prime de risque significative sur le pétrole.
Ce déplacement de la prime géopolitique vers les hydrocarbures, plutôt que vers les métaux précieux, reflète la nature physique du choc en cours : c'est l'offre énergétique mondiale qui est directement menacée par le risque de blocage maritime, pas la liquidité financière globale. L'or, dans cette configuration, ne capte qu'une fraction limitée du flux de couverture.
Reste que le cessez-le-feu demeurre fragile et toute reprise des hostilités pourrait modifier très rapidement la trajectoire des prix du pétrole, des devises et des taux souverains.
Des banques centrales tiraillées entre choc énergétique et tensions inflationnistes
L'inflation de la zone euro a atteint 3,2 % sur un an en mai (IPCH), selon les données Eurostat, renforçant la probabilité d'une nouvelle hausse de taux de la BCE lors de sa réunion de juin. La transmission du choc pétrolier à l'inflation globale et sous-jacente repositionne le sujet du resserrement monétaire sur le devant de la scène européenne.
Au Japon, le rendement du JGB à 10 ans s'établit à 2,7 %, au plus haut depuis fin mai selon Reuters, reflétant à la fois les anticipations de hausse de taux de la Banque du Japon et les craintes d'inflation importée via le choc énergétique. La synchronisation partielle des trois grandes banques centrales (Fed, BCE, BoJ) sur un biais restrictif constitue un environnement inhabituel pour les actifs refuges sans rendement.
Côté commerce mondial, la Chine affiche des échanges extérieurs de 4 450 milliards de yuans en mai (+16,9 % sur un an), avec des exportations à +13,8 % et des importations à +21,5 %, selon l'Administration générale des douanes. Ces chiffres, qui doivent être lus avec prudence compte tenu d'effets de base possibles et de la réorientation des flux maritimes sous contrainte géopolitique, suggèrent une résilience des échanges malgré les perturbations entre le Golfe, la mer Rouge et l'Europe.