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Sale temps pour les épargnants : l'appauvrissement invisible issu des placements sans risque

| Publié le 11-02-2019 17:38 | Mise à jour le 30-03-2019 15:34
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Sale temps pour les épargnants : l'appauvrissement invisible issu des placements sans risque
Crédit photo : (c) Shutterstock  

Les épargnants ont de quoi être déboussolés : la plupart des placements sans risques ne permettent même plus de protéger son capital de l'inflation. La politique économique et fiscale incite majoritairement à consommer ou à investir à risque. Une situation paradoxale, alors que 65% des Français considèrent qu'ils doivent se constituer un capital-retraite par leurs propres moyens.

La plupart des supports sans risques font aujourd'hui perdre de l'argent

Difficile, voire impossible désormais, de trouver un livret d'épargne sans risque qui procure un minimum de rendement.
Traditionnellement, le livret A, comme le LDDS, permettait de sécuriser son capital. Aujourd'hui les épargnants peuvent être sûrs à 100% qu'ils y perdent de l'argent d'année en année. La raison : une inflation à 1,6% face à un taux de rémunération du livret A de 0,75%.

En clair : la hausse générale des prix est supérieure au rendement du livret, ce qui fait baisser le pouvoir d'achat de l'argent placé. Une situation que l'on n'avait pas vue depuis 1986. D'après l'association de défense des consommateurs CLCV, la conséquence est un manque à gagner de 3,6 milliards d'euros pour les ménages en 2018.

Les PEL et CEL ne sont pas plus favorables. Pires, les maigres revenus que l'on pourrait en tirer sont désormais fiscalisés...

Sauf à voir un changement soudain, la situation ne va pas s'améliorer : les taux sont gelés jusqu'en 2020 et la Banque Centrale Européenne a pour objectif de maintenir l'inflation proche de 2%. Par la suite, l'entrée en vigueur du nouveau mode de calcul de la rémunération du Livret A devrait le figer sous le niveau d'inflation.

A lire également : Épargne : évitez les mauvais choix !

Les livrets bancaires... de qui se moque-t-on !

Oubliez tout de suite de vous replier sur les livrets bancaires traditionnels, à moins que votre but soit de perdre de l'argent : ceux-ci affichent péniblement un taux compris entre 0,05% (!) et 1% brut par an. Une situation qui pourrait presque prêter à rire, sauf que leurs maigres revenus sont par ailleurs fiscalisés au taux de 30% !

Concrètement, si vous placez 1000 € sur un de ces livrets, vous « gagnerez » entre 0,50 € et 10€ brut au bout d'un an. Une fois la part de l'État prélevé, il vous restera entre 0,35 € et 7 €. Bien sûr, comme pour le livret A, l'inflation achèvera le travail en venant rogner votre capital. Ce type de placement est clairement pénalisant pour les épargnants.

Les fonds en euros des assurances-vie se maintiennent tant bien que mal

Bien que les rendements s'érodent d'année en année, les fonds en euros des assurances-vie résistent, affichant globalement des taux brut entre 1,30% et 2,20% brut. Une fois prise en compte l'inflation, ils vous permettent tout juste de préserver votre capital.

Le problème, c'est que les assureurs conditionnent de plus en plus l'accès aux fonds en euros à taux bonifié à l'investissement au travers d'une assurance-vie multisupport. Or, cet autre type de contrat implique de placer une partie de son épargne sur les marchés financiers... qui sont par ailleurs en nette baisse.


Pour mixer garantie du capital et investissement dans l'économie réelle, l'État a mis au point en 2013 les contrats d'assurance-vie Eurocroissance. Ceux-ci ne semblent pas remporter de succès auprès des particuliers... ni des assureurs.

Les marchés financiers sont en recul, mais les entreprises restent rentables

Depuis le milieu de l'année 2018, les valeurs boursières sont en repli. L'érosion des valeurs semble interminable. Le CAC 40 a perdu environ 13% en 2018, l'Euro Stoxx 50 plus de 15% (valeurs européennes), le Nasdaq 10% (valeurs américaines), le Nikkei 11% (valeurs japonaises)... Le premier semestre 2019 reste incertain, mais les marchés semblent avoir atteint la fin d'un cycle haussier, post-crise de 2008.

Ce recul impacte la plupart des produits d'investissement basés sur les marchés financiers : placements en unités de compte sur les assurances-vie multisupport, FCPR, OPCVM...

Toutefois, la baisse de la valeur d'échange des titres financiers ne doit pas masquer la bonne santé générale des entreprises : elles continuent de distribuer des dividendes et de rembourser leurs emprunts obligataires. Or, la rentabilité d'un titre dépend du revenu qu'elle procure, ramené à son prix d'achat. Pour contrer ces cycles baissiers, l'investissement en bourse doit s'envisager sur le long terme. Un des principaux risques étant de revendre au moment où les titres sont au plus bas.

Même si un marché en baisse peut ouvrir des opportunités, les épargnants sont loin d'être tous prêts à investir en bourse. Au-delà du risque de perdre une partie de son capital, la rentabilité n'est pas leur première préoccupation : ceux-ci souhaitent d'abord sauvegarder leur capital pour faire face aux aléas de la vie et préparer leur retraite.

L'immobilier : la valeur refuge dans le viseur de l'État

Malgré les hausses de prix qui viennent là-aussi rogner les rendements dans de nombreuses villes, l'immobilier reste la valeur refuge par excellence. Acheter un logement et le mettre en location permet d'obtenir un revenu supplémentaire. Dans la jungle des placements, cet investissement permet de placer de l'argent dans un actif qui conserve une valeur, même si les prix fluctuent.

L'immobilier séduit, que ce soit dans le cadre d'un investissement défiscalisant ou non. Pour ceux qui ont des budgets plus faibles ou qui souhaitent diversifier, les SCPI sont une bonne option, sachant que les rendements affichés par la plupart des acteurs en 2018 sont plutôt bons (entre 3 et 7% brut).

Pour l'État cependant, l'immobilier n'est pas « productif », au sens qu'il ne contribue pas à la croissance : l'épargne investie se retrouve hors du circuit économique. Un fait discutable si l'on considère les emplois du secteur de la construction et la rénovation : 1,7 million d'emplois dans le bâtiment selon l'INSEE, que complètent une partie des 1,2 million d'emplois dans les secteurs de la finance, assurance et immobilier.

S'il le considère comme « improductif », l'État compense en surtaxant l'immobilier : les contribuables paient ainsi à l'achat (les abusivement nommés « frais de notaire »), à la détention (taxe foncière, CSG sur les loyers, IFI), à la vente (plus-value), à la transmission (droits de mutation, impôt sur les successions). L'exécutif vient même de mettre sur la table la question d'une possible taxation de la revente des résidences principales, pourtant protégée jusqu'à maintenant.

L'État nous incite à investir ou consommer, mais surtout pas à épargner

Si l'on peine tant à trouver des placements sécurisés qui mettent à l'abri le capital en procurant un rendement minimum, c'est pour deux raisons.
Primo, les taux directeurs sont extrêmement bas, voir négatifs. Les États Européens empruntent sur les marchés à des taux proches de zéro. Concernant la France, cette nouvelle devrait nous réjouir en tant que contribuable. Sauf que... nos placements sans risque ayant pour base ces mêmes emprunts d'État, il est logique que les livrets et fonds en euros ne rapportent plus rien.

D'un autre côté, l'objectif de l'État est clairement d'orienter l'épargne des particuliers vers l'économie réelle afin de financer la croissance et l'emploi. Tout est donc fait pour inciter les Français à choisir entre consommer et investir dans des produits liés à l'économie réelle qui, par définition, seront risqués.

Pour le pouvoir politique, le réflexe des particuliers qui consiste à sortir l'argent du circuit économique peut en effet faire peur : aujourd'hui 440 milliards d'euros dorment sur les comptes courants et 1700 milliards sur les fonds en euros des assurances-vie, alors même que les artisans, commerçants et PME ont besoin de financement. Ce serait toutefois oublier que cet argent ne « dort » pas tant que ça, puisqu'il est lui-même prêté ou placé par les établissements.

Un objectif contraire à celui des épargnants

Pour la plupart des particuliers, la situation relativement nouvelle de l'épargne sécurisée se traduit par un appauvrissement invisible doublée d'une impression confiscatoire, alors que les incertitudes sur les futures retraites sont de plus en plus pesantes. Un thème d'ailleurs absent du grand débat.

L'Autorité des Marchés Financiers le martèle : il ne faut miser dans des produits risqués que de l'argent dont on n'a pas besoin. Or, les Français épargnent, pour la plupart, de l'argent dont ils pensent devoir se servir dans le futur. On ne peut pas orienter de la même manière l'épargne des 20% de ménages les moins aisés (1500 € par an en moyenne d'après l'INSEE) et celle des 20% les plus riches (23 000 € sur la même période) vers le risque.

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